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mardi 15 avril 2008

Quatre cent cinquante mille (450 000) tonnes de riz en Haïti à produire : un rêve ou un leurre !

Par Michel William, agronome

Source: Stanley Lucas


Lorsqu'on est président, on est vraiment emprisonné par un cercle d'amis qui vous conduisent à votre perte. Qui aurait cru qu'on emmènerait le président à prendre l'exemple du riz, quand l'organisme officiel de l'Etat placé pour encourager la culture du riz, l'ODVA, se retrouve dans un état de dysfonctionnement. En effet depuis plus de 10 années, l'ODVA qui demande un budget de fonctionnement de 257 million de gourdes rien que pour nettoyer 189 kilomètres de canaux et drains principaux ayant 5 à 7 mètres de profondeurs, 115 kilomètres de canaux et drains latéraux, 1082 kilomètres de canaux et de drains secondaires et tertiaires, à coté de 338 kilomètres de routes secondaires, ne reçoit que 30 millions de gourdes. Cette structure ainsi que les structures départementales du MARNDR, placées pour exécuter la politique du MARNDR sont dans un état lamentable, résultat d'une confusion dans le choix des priorités politiques du gouvernement. Elles ont été réduites à de simples figurines au profit des ONGs qui ont reçu tout le financement qui était destiné à leur fonctionnement.

Qui aurait cru qu'en ces moments de contestation nationale d'une politique qui a déçu tout le monde, il y aurait un conseiller pour suggérer au président de même effleurer le nom de lait à GOGO qui est la négation même de la direction de la production animale appelée pourtant à faciliter l'exécution de la politique du gouvernement en matière d'élevage. L'exemple du riz et celui de lait à GOGO pris par le président pour relancer la production nationale, montre à quel niveau il est emprisonné par un groupes d'amis qui ne songent qu'à leurs intérêts dans les moments les plus critiques de la politique du pays. Cette équipe de conseillers persiste à contribuer à faire mentir le président à la nation à la manière des hommes de Goebel qui disaient : " mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ".

Essayons de voir plus claire dans ce qu'a dit le président tout en lui reconnaissant le bien fondé de sa proposition qui reste une proposition de long terme, moyennant que les dispositions structurelles de renforcement institutionnel soient prises dès maintenant pour concrétiser dans un délai de huit à douze mois en terme de plan, programmes et projets les idées du président, qui, a -t-il fait remarquer ne sont pas des promesses mais des propositions de travail.

1-Les zones rizicoles d'Haiti mesurent 38.750 has reparties comme suit :

Nord-Ouest :Berger, Rivière Salée, Bonneau, Denis, Meance, Fonds Roquefort 1000 has
Versant sud mer Caraïbes : St louis du Sud, Plaine des Cayes, les Anglais 2.250 has
Versant Sud golfe de la Gonâve : Petit Goave, Orouck, Petite Rivière de Nippes ,Fond des Nègres 3.500 has
Département du Nord : Limbe, Plaine du Nord, Grison Garde, St Raphael 4.000 has
Vallée de l'Artibonite : 28.000 has.

2-Production de riz
Les chiffres avancés par le Président de la République font état d'une production de 90.000 tonnes de riz blanc. Si on accepte que l'on fait deux récoltes par an sur 80% de ces terres , la superficie est doublée soit 38.750X 80% X 2 , ou 62.000 has. Le rendement national moyen devient 90.000t/62.000 has ou 1,45 T/ has. La vallée de l'Artibonite est responsable de 75% de la production ou 67.500 tonnes .

La situation des terres irriguées dans la vallée de l'Artibonite

La vallée de l'Artibonite compte 45.000 has dont 32.000 has irrigables et 13.000 non irrigables. Des 32.000 irrigables il ya 28.000 has « irrigués » qui sont plantés en riz .La production du riz dans la vallée varie avec la disponibilité de l'eau offerte par l'EDH à partir de l'exploitation électrique du Barrage Péligre et se fait suivant deux saisons.

Une grande saison qui permet d'irriguer 15 à 20.000 has et une petite saison qui permet l'irrigation de 10 à 12.000 has. Le rendement à l'ha varie d'une zone à une autre avec l'aménagement hydro agricole qui a été fait et selon le pourcentage du paquet .technologique appliqué. 5.160 has bien irrigués et drainés avec un paquet technologique complet incluant le crédit produisent 4,20 T de riz blanc /h. 6.450 has plus ou moins irrigués et drainés avec un paquet technologique diminué et le même crédit produisent 2,74 T/ha. 16.383 has irrigués mal drainés sans crédit produisent 1,39T /has.
En expérimentation sur la ferme de Maugé, le PIA a atteint 6,4 Tonnes/ha. Ce paquet ne peut être appliqué par les riziculteurs dans les meilleurs terrains à cause de l'inexistence du crédit et de la structure officielle pour l'organiser.

Le politiquement correcte de la parole du Président

Le président Préval , parlant dans un contexte d'émeutes de la Faim, a dit que le pays peut produire les 450.000 tonnes de riz en Haiti sur 62.000 has , ce qui revient à produire le riz avec un rendement de 7,25 T de riz à l'ha. Nous disons que c'est du politiquement correcte mais c'est loin d'être faisable sur le terrain, parce que dans les meilleurs moments de l'ODVA, l'organisme arrivait à irriguer correctement à peine 10.000 has de terre que soutenaient un crédit moyen et un montage institutionnel fort à l'époque de Réné Destin et vers le commencement de la Gestion de André Victor.
Aujourd'hui ODVA se voit accordé un budget de 30millions de gourdes sur 257 millions demandés, le crédit n'existe pas ,le personnel d'encadrement est peu efficace, en raison de l'inexistence de budget. Des canaux et des drains ont plus de vingt ans depuis qu'ils ne sont pas nettoyés. Pour réhabiliter 17.000 has, la BID a mis 10 ans pour faire ce travail, 5 années d'étude et cinq années d'exécution. Il reste 13.000 has qui attendent un travail de réhabilitation qui n'est même pas étudié encore.

Les crues du fleuve Artibonite devenues très fréquentes avec trois à quatre cyclones à l'année causent des dégâts dans tout le système d'irrigation y compris dans la partie en train d'être réhabilitée et pour laquelle les fonds ne sont pas prévus si un dommage quelconque se produirait. La berge Gauche du Barrage Canot responsable de l'irrigation des 28.000 hectares menace de s'effondrer avec les prochaines pluies entrainant avec lui la destruction du barrage de Canot et la destruction complète du système d'irrigation de l'ODVA. Le PIA ne peut réparer cette dernière partie parce qu'elle n'était pas prévue dans le projet BID.Si le gouvernement n'arrive pas à gérer le quotidien, dans combien de temps, et avec quel moyen ,il compte rendre le pays autonome en terme de consommation de riz.

Qui dans le gouvernement a pu conseiller au président Préval d'avancer une telle stupidité dans un message à la nation pour calmer des esprits chauffés par la famine et la vie chère. On a fait commettre au Président la même erreur en le laissant mentionner le nom de lait à GOGO qui est le corollaire de la destruction du programme d'Etat de la production animale. En d'autre termes, si le Veterimed disparaissait maintenant le MARNDR aurait trouvé un sursis pour restructurer la direction de la production animale et la production laitière en encadrant 10 à 20.000 éleveurs au lieu des 200 éleveurs d'échantillons de VETERIMED qui ne fait que masquer le problème réel en permettant à l'état affaibli de se cacher derrière cette ONG et de fuir sa tâche régalienne de promouvoir la production du lait dans tout le pays.

Nous accueillons favorablement les idées de subvention de la production agricole nationale. Elles ne pourront se faire qu'à moyen et long terme. Elles ne pourront se faire qu'en mettant à leur vraie place les ONGs. Elles pourront se faire lorsque dans chaque section communale toute la structure administrative des pouvoirs déconcentrés et décentralisés seront mis en place dans le communes et dans les sections communales pour garantir la sécurité des investissements. Aujourd'hui nous attendons un mot économique du président sur les produits stratégiques comme les œufs, le poulet de chair, l'huile, en terme de subvention même pendant un mois . Nous attendons du président un mot politique pour redonner confiance à la nation dans un gouvernement qu'elle n'a pas vu encore à l'œuvre.

Agronome Michel William
10-04-2008

mardi 26 février 2008

Haïti/Des idées pour l'action/ « Pour un Office National du Riz »


Par Marc L. Bazin
Le Nouvelliste, 22 février 2008

Dans deux précédents articles « Production Nationale ou semence d'illusions » et aussi « La vie chère, un avion, un oiseau ou un courant d'air » nous avions fait un certain nombre de propositions sur les mesures à long et à court terme qui seraient de nature à augmenter la production agricole et à faire baisser les prix des produits alimentaires. Le propos aujourd'hui est le riz. Nous estimons en effet que le problème du riz est spécial et que, dans la panplie des mesures visant à faire baisser le coût de la vie, le riz doit faire l'objet d'un traitement séparé.Le riz est un facteur important d'augmentation des revenus agricoles, d'économie de devises et d'amélioration indirecte de la nutrition. Entre Août et Décembre 2007, les prix du riz ont augmenté de 3.3%, ce qui représentait plus de 12% de l'augmentation des coûts des produits alimentaires pendant la période. Dans certaines zones urbaines, le coût de la petite marmite de riz augmente de 1gourde par semaine depuis pratiquement un mois. Or, la disponibilité et un bas niveau de prix de riz représentent, chez nous, des facteurs de stabilité sociale et politique. Cette stabilité est actuellement menacée en profondeur par deux facteurs :

1.- Les prix mondiaux des produits alimentaires, qui étaient faibles entre 1974 et 2005, ont commencé d'augmenter considérablement et vont continuer à augmenter.

Entre 1974 et 2005, les prix des produits alimentaires sur les marchés mondiaux ont chuté des ¾ en termes réels. Depuis 2005, c'est l'inverse. Les prix ont grimpé de 75%. La raison ? En 1985, les Chinois ne consommaient que 20Kg de viande par habitant. Aujourd'hui, les Chinois consomment plus de 50Kg de viande par habitant. Or, pour produire lkg de viande de boeuf, il faut 8kg de grains.

Parallèlement à l'augmentation de la consommation mondiale de produits alimentaires, s'ajoute le fait que les USA semblent avoir adopté l'idée de fabriquer de l'essence à partir de l'éthanol. Or, les biocarburants utiliseront le 1/3 de la récolte de mais des USA. Cela veut dire que 30 millions de tonnes de maïs allant à l'éthanol vont entrainer cette année une baisse de moitié des stocks de grains disponibles au niveau mondial.

2.- La demande haïtienne de riz, déjà considérable, va encore augmenter

En 2005, nous avons produit un total de 80.000 TM de riz paddy, sur une production potentielle de 200.000 TM. Cette même année 2005, nous avons importé du riz pour 250.000TM, soit 32% de plus que la production locale. Or, d'une part l'année 2005 a été, par rapport à 2004, une relativement bonne année en termes de production de céréales. D'autre part, le nombre de bouches à nourrir augmente de 2% par an. Dès lors, les chances que nous arrivions, dans un proche avenir, à satisfaire à nos besoins en riz par nos propres moyens sont pratiquement nulles. De plus, notre capacité à générer les devises étrangères pour l'importation est extrêmement faible. En 2006, le déficit de la balance commerciale i.e. la différence entre ce que nous avons vendu à l'étranger par rapport à ce que nous avons acheté de l'étranger était de $1 milliard, à quoi il faut ajouter les paiements sur la dette qui étaient évalués à plus de $60millions. De ce que les prix du riz vont continuer à augmenter sur le marché mondial, que notre demande de riz va s'accroître sous la pression de l'accroissement démographique, que notre capacité déjà faible à produire mieux, davantage et plus vite, est érodée par les préférences en pays développés, il suit
a) que notre problème de riz est appelé à prendre des proportions dramatiques,

b) que ce problème ne va pas se résoudre de lui-même comme par enchantement et

c) que cette affaire de riz risque à tout moment de se révéler comme un élément pervers de destabilisation du processus démocratique.

De là, il suit que nous ne pouvons plus continuer de traiter le problème du riz comme si de rien n'était, avec des discours sans lendemain.

Création d'un Office National du Riz

Nous pensons, quant à nous, qu'il est urgent de renverser le cours des choses. Pour renverser le cours des choses, nous proposons la création d'un Office National du Riz. L'Office National du Riz aurait trois fonctions :

1.- Stabiliser l'offre et les prix du riz aux consommateurs dans les zones urbaines de manière à limiter les fluctuations pénalisantes des prix du riz sur le coût de la vie

2.- Promouvoir la production locale et améliorer les revenus du petit producteur

3.- Maintenir des stocks de réserves pour garantir un niveau acceptable de sécurité alimentaire.

Modes d'opération de l'Office National du Riz

L'Office National du Riz achèterait le riz pour le compte du gouvernement et serait le seul importateur. Chaque année, avant la période des semis, l'Office National du Riz ferait connaître publiquement un prix plancher i.e. un prix en dessous duquel le gouvernement ne permettrait pas que descende le prix de vente du riz. Ce prix plancher serait fixé de manière à maintenir un certain ratio entre l'augmentation de la valeur de la production et l'augmentation des coûts des intrants. L'Office fixerait également un prix plafond i.e. un prix au-delà duquel le gouvernement ne permettrait pas que monte le prix aux consommateurs urbains. Le prix plafond reflèterait aussi bien les coûts de distribution que le pouvoir d'achat de la zone d'approvisionnement. Le plafond permis dans les zones déficitaires serait plus élevé que celui autorisé dans les zones auto suffisantes et dans les zones à surplus.

Une compétitivité améliorée

Dans le but d'améliorer les prix aux producteurs et de les rapprocher le plus possible du prix plancher garanti, l'ONR ferait monter le niveau de compétition avec les intervenants traditionnels, les décortiqueurs et les commerçants en renforçant les ONG et en créant un réseau de coopératives rurales, lesquelles recevraient une formation intensive en commercialisation et en gestion. De même, ces coopératives ou un corps d'agents spéciaux seraient appelés à intervenir dans le processus de distribution directe sur le marché, dans tous les cas de raretés spéculatives aux fins d'augmentations indues des bénéfices. Il est acquis que la plus large part du riz serait consommée dans les zones de production et aux alentours. Les prix sur le marché local seraient influencés par l'ONR du fait que le niveau des prix planchers seraient disponible au quartier général de l'ONR dans le village même. L'ONR se porterait acquéreur de riz local chaque fois que le prix plancher serait menacé. S'agissant des soutiens à la production, plus le gouvernement disposerait de revenus, plus il serait en mesure de stimuler l'utilisation d'intrants de haut de gamme et de faciliter l'expansion de la production locale.

Un matelas de réserves confortables

La stabilisation des prix plafonds serait maintenue à travers d'importants stocks de réserves. Les déficits de réserves seraient couverts par une combinaison d'importation et d'aide alimentaire. Les besoins d'importation varieraient en proportion inverse de la production locale, ce qui nécessiterait que l'ONR organise ses propres services de prévisions en besoins d'importation et que le timing d'arrivée des importations soit calibré de manière à ce que les stocks soient suffisants aussi bien pour les achats locaux que pour les réserves de sécurité. De même, l'Office serait appelé à distribuer du riz gratuitement dans les cas de catastrophes naturelles, de sécheresse ou d'inondation. Quand il s'agirait de déficits de production en dehors des aléas climatiques, l'ONR ferait des prêts de riz à des groupes de planteurs, lesquels rembourseraient en nature à la prochaine saison. L'ONR disposerait de dépôts départementaux et sous dépôts dans les communes et dans les sections communales.

Financement et gestion

Pour arriver à soutenir les prix planchers et garder en réserves suffisamment de stocks pour empêcher les prix de détail de dépasser les prix plafonds, l'Office National du Riz aurait besoin d'une bonne base financière. D'abord, il lui faudrait lui assurer une gestion transparente. Dans ses activités d'approvisionnement et de distribution, pas de cash. Les importations seraient payées par lettres de crédit aux fournisseurs. L'Office emprunterait à la Banque Centrale à proportion de la valeur des stocks qu'il maintient sous forme de réserves et le Ministère des Finances ferait des transferts directs à l'ONR, en couverture de la garantie des prix planchers, et aux budgets des Ministères concernés pour le riz distribué en cas de catastrophes naturelles. Les coûts les plus importants seraient afférents au transport, à l'ensachage, à l'emmagasinage, aux intérêts et aux frais bancaires. Les coûts et salaires du personnel seraient gardés au minimum.

Conclusion : une opération de normalisation du marché

Destinée principalement à encourager la production et à stabiliser les prix aux consommateurs, la création d'un Office National du Riz ne serait pas une entrave au libre fonctionnement du marché mais un mécanisme, d'ailleurs limité dans le temps, qui viserait, au contraire, à remédier à une situation de crise et à établir un peu d'ordre sur un marché aujourd'hui complètement inorganisé.

Inorganisé, comment ?
i) entre riziculture irriguée, de bas-fonds ou en sec, les régimes de production sont différents.
ii) les coûts unitaires de production par tonne, avec les méthodes de culture traditionnelle, sont au moins trois fois plus élevés qu'avec les méthodes de culture moderne.

iii) les prix du riz varient considérablement non seulement d'un endroit à l'autre mais d'une année à l'autre.

iv) si la part de la main d'oeuvre dans les coûts de production est plus faible pour le riz que pour le maïs, par contre le pourcentage de la superficie cultivée consacrée au riz est plus élevé, compte tenu des coûts d'opportunité plus élevés des terres dans les zones rizicoles.

Rappelons, pour finir que le riz cultivé sur des parcelles irriguées, particulièrement dans la région de l'Artibonite serait compétitif avec les cours mondiaux. Or, en 2005, le coût de production d'une tonne de riz à l'étranger était de $425, mais cette même tonne de riz, en Haïti, était vendue à $274, différence qui représentait le coût d'une subvention de l'ordre de 65% du revenu départ exploitation. Le marché du riz en Haïti est donc un marché hautement imparfait et l'Office National du Riz devrait donc permettre à ce marche de fonctionner un peu mieux sur des zones séparées par la distance et les difficultés de transport, de stabiliser les prix aux producteurs et aux consommateurs au niveau souhaité avec l'intervention du gouvernement dans la commercialisation gardée à un niveau minimum.
22-24 Février 2008
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