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samedi 13 juin 2009

Haiti : Les Etudiants et le salaire minimum

Source: AlterPresse, 12 juin 2009
Par Ericq Pierre


Il n’y a pas longtemps, ne pas aller au cours était pour les étudiants un sacrifice énorme en appui à la cause qu’ils voulaient défendre ou à la revendication qu’ils voulaient faire passer. Un sacrifice et une lourde responsabilité. Entrer en grève était une décision grave qui pouvait être chargée de conséquences. C’était aussi une arme puissante redoutée par tous les dirigeants. Une arme efficace qui faisait à la fois la force et la fierté des étudiants et même de plusieurs parents.

Les grèves réussies, ce n’était pas les grèves de transport comme maintenant. C’était les grèves d’étudiants. C’était aussi des grèves pacifiques. Ou du moins leur niveau d’agressivité était pratiquement insignifiant. Et les étudiants ne sentaient nul besoin de montrer comme aujourd’hui leur capacité de nuisance. Ils acceptaient de prendre des risques énormes et sans contrepartie.

Comme dit l’adage, autres temps autres mœurs. Aujourd’hui, les étudiants ne font plus la grève. Ils ne sèchent pas les cours à proprement parler. Ils empêchent les professeurs de travailler et organisent des manifestations comprenant des occupations des édifices logeant les Facultés ou le Rectorat, des perturbations du trafic automobile dans les rues adjacentes. Ils ne vont pas au cours, mais ils ne sont pas en grève pour autant. Il est en réalité très difficile de qualifier leurs mouvements avec précision. C’est pourquoi les grands titres des journaux font état de manifestations d’étudiants, de mouvements de protestations d’étudiants, de revendications plurielles d’étudiants, etc. Mais on ne dit et on n’écrit jamais que les étudiants sont en grève.

Pourquoi et à quel moment les étudiants ont-ils réalisé que le fait de ne pas aller au cours ne constituait pas à lui seul un geste suffisamment fort pour marquer leur détermination ? Pourquoi et à quel moment ont-ils réalisé que les grèves traditionnelles d’étudiants ne représentaient pas la forme de résistance ou de lutte qui convenait pour faire passer leurs revendications et en assurer le succès ? Est-ce parce que les revendications sont devenues plus corsées qu’elles doivent épouser de nouvelles formes d’expression ? Difficile d’apporter une réponse précise à ces interrogations. J’espère que d’autres (en particulier nos sociologues) y réfléchiront.

En attendant, il est inconfortable de constater que personne ne peut développer des arguments assez solides pour convaincre les étudiants de regagner leur salle de classe. Ce n’est de toute façon pas l’objet de ce texte et je n’ai pas non plus cette prétention. Les étudiants reprendront donc leurs cours seulement quand ils le jugeront acceptable pour et par eux-mêmes. Ou quand ils obtiendront satisfaction. Ou quand ils jugeront s’être suffisamment fait entendre. Mais, je ne peux m’empêcher de me rebeller à l’idée que ni leurs parents, ni leurs professeurs, ni les autorités, ni leurs amis ne soient en mesure de leur suggérer quoi que ce soit, avec quelque chance d’être écoutés.

Je suis maître de moi comme de l’univers, disait César dans sa toute puissance. Nous sommes maitres de nous comme de notre avenir, semblent répondre en écho les étudiants dans toute leur impuissance.

Pour se donner de multiples motifs de rester mobilisés pendant longtemps, ils ont emboîté leurs revendications les unes dans les autres à la manière des poupées russes. Demande de révocation de professeurs à la Fac de Médecine et de remplacement des membres du Rectorat ? Même combat ! Demande de libre accès des fils du peuple à l’Université et de la publication de la loi sur le salaire minimum ? Même combat ! Demande de libérer les étudiants arrêtés et de maintenir les cours de base à l’Ecole Normale Supérieure ? Même combat !

Il ne fait aucun doute que d’autres revendications suivront. Il y a tellement de motifs d’insatisfaction à l’Université et dans la vie quotidienne chez nous que si les étudiants veulent rester cohérents avec eux-mêmes –et rien ne prouve qu’ils ne le veuillent pas— ils n’abandonneront pas la rue de sitôt. Mais ont-ils intérêt à continuer cette forme de lutte ?

S’ils obtiennent satisfaction sur la promulgation de la loi sur le salaire minimum, qu’adviendra-t-il des autres revendications ? Les étudiants accepteront-ils de s’asseoir avec le Rectorat et les Conseils de Direction des différentes Facultés pour trouver des solutions aux problèmes qui les préoccupent ? Ce sont des questions que tout le monde se pose. Les étudiants ne doivent pas feindre de les ignorer. Est-ce qu’ils sont prêts à y apporter quelques éléments de réponse ?

Je sais qu’il appartient aux étudiants – et à eux seuls – de répondre. Je ne vais donc même pas tenter de suggérer quoi que ce soit. Mais, compte tenu de l’importance qu’ils accordent légitimement au dossier du salaire minimum, je voudrais bien faire quelques considérations y relatives.

J’estime au départ que nous n’aurions pas dû laisser ce dossier pourrir à ce point. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour se colleter à ce problème vital ? Les débats sont tellement pollués maintenant que les étudiants sont en train de courir le risque de s’aliéner la sympathie de ceux-là mêmes dont ils veulent défendre les intérêts. Dans un pays au taux de chômage si élevé, nul ne devrait être surpris que, dans les prochains jours, venus de nulle part , des ouvriers ou des compatriotes qui se prétendent tels , occupent les antennes de radio et de télévision pour proclamer qu’ils s’accommoderaient volontiers de moins de 200 gourdes par jour .On est donc en face d’un problème dont la solution ne laissera pas de gagnants. On criera à la manipulation et l’on verra la main du pouvoir et/ou des patrons derrière ces ouvriers. Mais il n’en sera peut-être rien. Résultat, le fossé d’incompréhension s’élargira encore plus.

Il faut regarder la réalité en face. Deux cents gourdes c’est un salaire de misère. Et ce n’est pas avec ce niveau de salaire que la classe ouvrière et les travailleurs en général vont améliorer leurs conditions d’existence. Mais, ils sont aussi nombreux chez nous ceux-là qui feraient tout pour avoir juste un salaire, si modique soit-il. Le pouvoir le sait. Les patrons le savent. Les ouvriers le savent aussi. Toute la question est là. Toutefois, j’incline à croire qu’il n’y a pas quelqu’un en Haïti qui estime qu’un salaire de deux cents gourdes par jour (soit l’équivalent de cinq dollars américains) soit trop élevé pour nos ouvriers et ouvrières. Cela vaut tant pour le Président de la République que pour la Première Ministre.

Je suis donc porté à croire que le délai pris pour promulguer la loi ne répond pas à des motifs sinistres ni à des théories de conspiration contre la classe ouvrière. Dans ce sens, les tentatives d’opposer le degré de sensibilité ouvrière de la Première Ministre à celui du Président de la République sont à la fois maladroites et ridicules. Le Président et la Première Ministre reçoivent et écoutent les points de vues tant des ouvriers que des patrons. Est-ce que cela signifie qu’ils ont des préférences marquées pour les uns ou pour les autres ? Est-ce que le Président de la République roule plus pour les patrons que pour les ouvriers ? Beaucoup répondent par l’affirmatif. D’autres cependant n’hésitent pas à affirmer que le Président ne roule que pour le Président.

Ce dont je suis pour ma part convaincu c’est qu’un salaire à deux cents gourdes, s’il ne provoquera pas toutes les calamités que les patrons prédisent ou évoquent, ne sera pas non plus à court terme un levier pour la création d’emplois. Mais, je suis aussi convaincu qu’il faut mettre un terme à ce spectacle qui contribue à nous abaisser encore plus. Il faut priver les étudiants de cette distraction pour qu’ils puissent reprendre leurs cours. Il faut donc promulguer la loi sur le salaire minimum. Il ne s’agit pas vraiment d’un nœud gordien. Mais il faut trancher ce débat par une décision politique et non par des arguties d’ordre économique et financier. Nous savons tous que la République ne succombera pas à cause de cette décision.
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vendredi 12 juin 2009

Haïti : L’Egarement-La Solution

Par Jean L Théagène
Président de l’UNDH


« Toute vertu collective nait d’une communion. Et aucune communion profonde ne se limite au sentiment. »
André Malraux



Les nouvelles en provenance du pays depuis la crise universitaire font état d’étudiants bastonnés, emprisonnés, intoxiqués par gaz de combat. Le comble, on parle de mort d’étudiants. Souhaitons que ce ne soit qu’une simple rumeur mais qui aurait quand même la vertu d’interpeller le Chef de l’Etat sur le sens de ses responsabilités. Gouverner c’est plus que prévoir, c’est surtout agir dans le sens du bien public et étouffer dans l’œuf toute situation ou fait sociopolitique susceptibles de dégénérer en désordre ou de semer la discorde dans la cité. La mort d’un étudiant entrainerait certainement d’autres et provoquerait la rage de tous les citoyens et citoyennes en charge d’enfants. Déjà cette colère gronde sous les cris des malades de l’Hôpital de l’Université d’Etat, des petits jouant au jardin d’enfants, de paisibles résidents à l’intérieur de leurs maisons suffoqués par les effluves de gaz lacrymogène. Et la Police béatement se contente de se retrancher derrière l’excuse de (dommages collatéraux). Alors, qu’est-ce à dire lorsque le pays n’est pas en guerre? Le Chef de l’Etat se doit donc d’agir; car c’est le devoir du Roi de protéger ses citoyens, avons-nous appris dès la classe secondaire.

Ayant compris le jeu subtil d’une tendance néocolonialiste soigneusement dissimulée à travers le mouvement estudiantin, l’UNDH abandonne sa position de rigidité et d’inflexibilité, entend faire montre de souplesse et réintègre les rangs de la citoyenneté haïtienne avec droits et devoirs attachés à ce privilège. Ce faisant, il s’assure de ne pas se tromper d’ennemis et du même coup sortir Haïti de sa morosité sinon de son agonie lente et cruelle. A l’instar de tout parti politique responsable il entend éviter à son peuple et surtout à la jeunesse du pays de continuer à gravir son calvaire au nom d’une sacro-sainte démocratie sur papier imposée par les pays dits amis d’Haïti. Face à la situation actuelle qui a trop duré, où nos jeunes gagnent les rues dans la revendication de leurs droits légitimes dans un premier temps; et dans un second temps en réclament un peu plus de justice sociale pour un peuple qui se meurt, ce qui constitue une grande première dans notre histoire; nous, de l’UNDH, en pareille circonstance croyons de notre devoir de soumettre ces propositions qui suivent à l’Exécutif Haïtien avant qu’il ne soit trop tard.
  1. Le problème doit être posé en Conseil de Ministres réunis à l’extraordinaire à l’effet de promulguer la loi sur le salaire minimum déjà revêtue de l’approbation populaire.
  2. Statuer sur les mesures d’accompagnement à prendre en faveur des patrons.
  3. Libérer les étudiants incarcérés.
  4. Ordonner aux grévistes de regagner l’enceinte de leurs facultés respectives où les problèmes académiques doivent être résolus dans le cadre de l’autonomie universitaire.
  5. Laisser à la Police nationale le soin de patrouiller les rues pour assurer la paix des paisibles citoyens et non la Minustah.

Ces propositions de sortie de crise nous ont été dictées par cette compassion indéniable nous obligeant à nous remettre en question chaque fois que des menaces pèsent de toute leur dangerosité sur une nation comme la nôtre habituée à des victoires et des conquêtes historiques impensables. Notre intervention se situe uniquement dans le cadre de solution appropriée à la circonstance non pour soutenir un gouvernement d’handicapés historiques mais pour permettre aux Haïtiens fatigués de la cécité de l’interventionnisme étranger et de l’effort dans le mal qui a toujours caractérisé ses dirigeants politiques de se prendre en mains.

Que les Haïtiens se le tiennent pour dit : La communauté internationale n’a pas de provision politico-judiciaire pour reprendre les cantiques désuets de ses interventions apparemment injustifiées. Elle n’est pas non plus intéressée à répéter, par USA interposés, les débordements de la Saga Iraquienne, après avoir risqué sa crédibilité dans les aventures regrettables de Panama et de la Grenade. Par contre, elle peut toujours se servir d’une explosion sociale pour faire d’Haïti le trublion des Caraïbes et la faire passer de tutelle virtuelle à tutelle réelle effaçant par ainsi d’un trait de plume au tableau de l’histoire: 1804.