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vendredi 9 mai 2008

L’agronome Pierre peut-il réussir là où l’agronome Alexis a échoué ?

Par Kesner Pharel
kesnerpharel@lematinhaiti.com

Un agronome, Jacques Édouard Alexis, laisse le Bureau du Premier ministre pour céder sa place à un autre au cas où le Parlement haïtien ratifierait le choix fait par le Président René Preval de M. Ericq Pierre comme Premier ministre désigné. M. Pierre n’est pas à son coup d’essai dans la quête de la ratification du Parlement pour occuper le poste de Premier ministre. Lors du premier mandat de René Préval, les Parlementaires avaient rejeté le choix du Président, en raison de l’incapacité de M. Pierre à présenter l’acte de naissance de sa grand’mère. Le contexte est certainement différent, mais le coup n’est pas gagné d’avance, connaissant le fonctionnement du Parlement haïtien.

Si la ratification d’Ericq Pierre apparaît plus probable quelques dix années plus tard, la situation politique, économique et sociale est devenue toutefois plus difficile et plus complexe. Il hériterait d’un bilan très lourd après les violentes manifestations enregistrées à travers le pays contre la vie chère au début du mois d’avril, qui ont forcé le départ de M. Alexis. Pourquoi ferait-il mieux que son prédécesseur, s’interrogent plusieurs analystes ? Différents observateurs croient que l’échec d’Alexis est dû particulièrement à son incapacité à gérer le problème de la vie chère, ou plus particulièrement à faire face à la hausse des prix des produits alimentaires. Ceci a certainement pesé dans la balance, mais l’on doit reconnaître que d’autres facteurs doivent être pris en considération.

Le futur locataire de la Villa d’accueil devrait analyser en profondeur le cas de l’administration Alexis pour éviter de commettre les mêmes erreurs et renforcer ce qui était positif. En effet, la gestion de M. Alexis pourrait être analysée comme un cas d’étude de « public management ». On est unanime à reconnaître et, ceci même M. Alexis, la faiblesse de communication du gouvernement sortant. Le Premier ministre sortant parlait en début d’année de déficit de communication qui a causé un manque de compréhension du grand public concernant les activités gouvernementales. En plus de ce déficit, il y avait certains dérapages, avec certaines déclarations de M. Alexis très mal interprétées par l’opinion publique et les Parlementaires.

Des analystes ont questionné le leadership exercé par Jacques Édouard Alexis sur son équipe gouvernementale. D’aucuns disaient que certains ministres n’étaient pas sous son contrôle et défiaient son autorité. On entendait également que d’autres ministres avaient leur propre agenda et ignoraient royalement M. Alexis. Toutes ces informations font comprendre qu’il n’y avait aucun esprit d’équipe au sein du gouvernement partant. Il était donc extrêmement difficile sinon impossible d’exécuter efficacement un plan d’action dans ces conditions si ce dernier existait réellement.

En dehors de son équipe gouvernementale, M. Alexis n’a pas pu apporter du sang neuf dans l’administration publique. Très peu de changements ont été réalisés en effet au niveau des délégations dans les différentes régions du pays et des ambassades à l’extérieur. Ceci a grandement limité sa marge de manœuvre dans l’implémentation des mesures gouvernementales. Sa grande ambition d’assurer la « ré-architecture » de l’État qu’il ambitionnait durant son second mandat n’a jamais pu être concrétisée.

Le texte sur la gouvernance publié cette semaine par la Ministre de la Condition féminine, Madame Marie Laurence Lassègue, pour expliquer les causes de l’échec du gouvernement Alexis affiche clairement ses principales faiblesses, mais fait ressortir également les graves problèmes interinstitutionnels qui empêchent le pays d’être gouverné de façon rationnelle et efficace. Son courage de discuter publiquement les profonds problèmes de gouvernance confrontés par le pays ne peut qu’aider les différents acteurs politiques (Président, Premier ministre, Parlementaires…) à comprendre la nécessité de modifier radicalement le modèle de gestion publique pratiqué actuellement dans le pays. Ceci représente une condition indispensable pour établir une culture de résultats devant permettre l’amélioration des conditions de vie de la population. Au cas où les conseils de Madame Lasègue seraient totalement ignorés, on peut déjà prévoir que M. Pierre est voué au même sort que son confrère Alexis.
vendredi 9 mai 2008
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http://www.lematinhaiti.com/PageArticle.asp?ArticleID=12730
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mercredi 7 mai 2008

Pour une autre gouvernance politique

Par Marie Laurence Jocelyn Lassègue
Ministre démissionnaire à la Condition féminine et aux Droits des femmes

Note liminaire du journal Le Matin.-

La ministre Marie Laurence Jocelyn Lassègue témoigne« Malgré les efforts du Premier ministre, tout s’est passé comme si nous ne formions pas «un vrai» gouvernement ayant la confiance du chef de l’État », écrit la ministre sortante à la Condition féminine et aux Droits des femmes dans ce témoignage qu’elle dit ne pas être un bilan, mais plutôt sa « compréhension des choses afin de participer à la réflexion sur la bonne gouvernance ». Forte de ses observations, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, qui prône le respect des règles du jeu démocratique, soutient : « Que le prochain chef du gouvernement soit « politique », ou « technique », si les mécanismes institutionnels garantissant son action ne sont pas mis en branle, il échouera ». La démarche de Marie Laurence Jocelyn Lassègue d’exprimer ses réflexions au soir du mandat du gouvernement dont elle est membre, présente assez d’intérêt pour que nous lui en donnions écho.
***
Je voudrais d’abord et avant tout remercier le président de la République, Monsieur René Préval ainsi que le chef du gouvernement, Monsieur Jacques Édouard Alexis, pour la confiance placée en moi durant deux (2) ans. Ce fut un honneur de pouvoir contribuer à la conduite des affaires de mon pays, dans une phase particulièrement délicate de son histoire.
J’ai été à la tête du ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes durant ces deux (2) ans. Toutefois, la présente, n’a pas pour objectif de dresser le bilan et les perspectives de cette institution. J’aurai l’occasion de le faire au moment de la passation des rênes à mon successeur.
À l’heure de la mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale, je veux faire part de ma compréhension des choses afin de participer à la réflexion sur la bonne gouvernance. Je préfère que l’on me reproche de parler, de trop parler maintenant. Je ne supporterais pas demain de m’être tue !
Du profil des ministres
Au sein d’un Cabinet ministériel, on peut être très « technique », spécialiste dans un domaine précis : tourisme, culture, économie, égalité des sexes, etc.… et s’en tenir à la bonne marche de tel secteur en question. Le pays a eu d’excellents-es/ experts-es qui ont récemment encore réalisé un travail exceptionnel au sein du gouvernement de Monsieur Alexis. Néanmoins, on peut être un ministre technique et également politique par choix idéologique, ou par expérience de la chose publique. Ceci n’empêche pas cela.
Dès le premier jour de la crise aux Cayes, le 2 avril dernier, les évènements ont accentué les interrogations qui étaient les miennes depuis plusieurs mois. Membre d’un gouvernement dont j’étais fière, sous la houlette d’un Premier ministre expérimenté et rigoureux, je travaillais dans un secteur difficile par excellence. J’ai aussi toujours tenu à contribuer aux réflexions globales du gouvernement, en vue de la cohésion que voulait le Premier ministre. J’ai ainsi fait part de propositions relatives à la communication gouvernementale, à la nécessité de rencontres régulières entre les ministres, le Parlement et les partis politiques représentés au sein dudit gouvernement.
J’avoue que, depuis un (1) an, j’avais des questionnements, des doutes même, face à l’articulation des actions des différentes entités étatiques, compte tenu des rôles définis par la Constitution. Je pensais que nous n’étions, peut-être pas, sur la bonne voie. Ce, également, en raison des interpellations du chef de l’État qui exprimait, de façon récurrente, des réserves quant à la performance du Cabinet ministériel. Je sentais un énorme décalage entre ce que nous faisions et ce qu’il semblait attendre de nous. J’ai pensé que je me trompais peut-être, que le temps me donnerait tort. C’est moi qui ai eu tort justement de n’avoir pas assez insisté, en faisant part de mes préoccupations et inquiétudes grandissantes en Conseil de gouvernement ou en Conseil des ministres.
Aujourd’hui, au nom de cette politique que j’exhorte les femmes à faire autrement, je veux réfléchir tout haut avec les responsables politiques de mon pays : le président de la République, le Premier ministre, les partis politiques, le Parlement haïtien.
Du gouvernement pluriel
Dès le départ, le chef de l’État a fait choix d’un gouvernement pluriel. Fallait-il pour autant, au nom de ce pluralisme politique, verser dans un immobilisme quasi paralysant ! L’Exécutif, en deux années, n’a pratiquement pas touché à ceux et celles dont la mission est non seulement de nous représenter, mais surtout de défendre les intérêts politiques, économiques et culturels du pays à l’étranger. Je veux parler des ambassadeurs, des consuls, etc... D’autres représentants-es par excellence de l’Exécutif, les délégués gouvernementaux, sont restés-es en poste, sans pour autant être imbus-es ou sans forcement épouser les orientations stratégiques du pouvoir. Rappelons que ces personnalités régionales doivent jouer un rôle capital dans la coordination de l’action gouvernementale avec les élus-es locaux. Dans l’article 86 de la Constitution, il est indiqué que : « Les délégués et vice-délégués assurent la coordination et le contrôle des services publics. Ils n’exercent aucune fonction de politique répressive ». De même qu’un cabinet est appelé à partir avec le ou la ministre, de même les délégués-es et vice-délégués devraient accompagner tout renouvellement de l’Exécutif. Il semblerait évident que le président de la République ait eu peur de ces changements qui auraient, selon lui, fragilisé cette stabilité politique essentielle au développement économique et au renforcement de la sécurité dans les dix (10) départements.
Par ailleurs, le choix du chef de l’État a donné lieu à un cabinet ministériel formé de personnalités d’horizons divers. Si cette composition présentait l’avantage de refléter la pluralité du Parlement et, somme toute, le caractère composite des forces politiques du pays, elle charriait aussi, avec elle, sa part de difficultés, tout particulièrement en termes de gouvernance opérationnelle et de cohésion structurelle. Ces difficultés sont non intrinsèques aux personnalités en question, ni à l’action du Premier ministre. Celles-ci traduisent le dysfonctionnement criant de toutes les composantes concernées de l’appareil d’État.
De la cohésion gouvernementale
Malgré les efforts du Premier ministre, tout s’est passé comme si nous ne formions pas «un vrai» gouvernement ayant la confiance du chef de l’État. Un gouvernement doit être une équipe, une équipe solidairement responsable des décisions prises collectivement. Or, les faits nous ont souvent montré le contraire. Tout au long de ces deux (2) années, chacun et chacune s’est concentré-e, sur ses dossiers sectoriels propres au détriment de l’action globale sur laquelle repose, en définitive, la performance collective.
Le cantonnement dans les dossiers spécifiques a fragilisé, malgré la bonne foi et la compétence, la conduite politique des affaires du pays. Un gouvernement doit non seulement gérer le quotidien, mais également tenter de prévoir les contingences, prendre le pouls des situations conjoncturelles et ainsi aboutir collectivement aux décisions qui s’imposent.
Une occasion avait été offerte après l’interpellation du 28 février 2008. Un remaniement ministériel était souhaitable dans le but de redéfinir l’action gouvernementale et repartir sur de nouvelles bases. Le chef de l’État, le Premier ministre sont passés à côté de ce moment critique et n’ont pas jugé bon d’adopter les mesures qui, de toute évidence, s’imposaient.
Du Parlement, des groupes parlementaires
Les parlementaires et les différents groupes des deux (2) Chambres qui se sont constitués tout au cours de cette période, ont eu une praxis singulière de leurs prérogatives constitutionnelles. L’interpellation du Premier ministre, par exemple, était brandie plutôt comme une démarche obligatoire de sanction, alors qu’elle aurait dû servir d’outil d’évaluation de l’action gouvernementale. Elle aurait pu également être une opportunité de définition des mesures correctives à entreprendre !
Pour une bonne gouvernance, nous aurions intérêt à considérer le devoir de contrôle des actions du gouvernement comme un processus de correction politique, un exercice hautement démocratique. Le pouvoir doit être utilisé par les instances concernées pour rechercher des améliorations dans l’intérêt collectif. C’est ce que nous, féministes politiques, appelons « faire la politique autrement ». Quant à l’Exécutif, il a négligé de construire cette majorité parlementaire si nécessaire à son action pérenne. Le processus ayant conduit à l’élection du chef de l’État, ne lui a pas accordé une majorité partisane. Il aurait donc fallu, par le jeu des alliances, bâtir cette majorité structurée et organisée. Sans compter que le fort sentiment d’indépendance des parlementaires ne les a pas astreints à une discipline de parti. Là aussi, nous avons un apprentissage à faire, pour le bien de la démocratie. Le déficit d’institutionnalisation concerne donc aussi les partis politiques.
Des partis politiques
Partout ailleurs, dans les systèmes où les forces politiques sont représentées tant au Parlement qu’au sein du gouvernement, des mécanismes de consultations, de conciliation, de régulation célères sont créés. Ils permettent d’éviter tout malentendu, tout dérapage et participent au maintien de la continuité de l’État. Les partis politiques présents au Parlement le savent, ils apprennent quotidiennement à leurs cadres comment faire fonctionner l’Etat, comment utiliser les outils politiques pour une bonne gouvernance, etc.… Il aurait suffi qu’ils fussent proactifs en faisant eux-mêmes au chef de l’État, au chef du gouvernement, des propositions concrètes de réorientations stratégiques, de remaniements des personnels lorsqu’il le fallait. Or l’occasion s’est présentée après l’écrasant vote de confiance à la Chambre basse, en février dernier. Par ailleurs, la même énergie avec laquelle les partis politiques alliés au gouvernement et le Sénat de la République eurent à demander le départ du Premier ministre, aurait dû être utilisée pour réorienter l’action gouvernementale, lorsqu’il semblait clair que la formule de gouvernement pluriel n’était plus la panacée et ne correspondait plus aux besoins de l’heure.
Les partis politiques auraient également dû, tenant compte de l’énoncé de Politique générale, veiller à ce que le Premier ministre tienne avec eux des réunions régulières d’évaluation tant de l’action du gouvernement que du travail des ministres les représentant respectivement. Une telle pratique aurait grandement profité à la Nation et évité que nous débouchions sur la situation qui a conduit, entre autres, au désastre économique et social d’avril dernier.
Des marges de manœuvre du Premier ministre
Dans un tel contexte, le chef du gouvernement avait très peu de marges de manœuvre. Entre un Parlement fort de ses prérogatives constitutionnelles et un président bien imbu de sa légitimité électorale. Desservi par une faiblesse institutionnelle généralisée, le Premier ministre s’est fort souvent retrouvé dans des situations difficiles voire inextricables. À ce jour, aucun mécanisme n’a été mis en place, favorisant une collaboration systématique des diverses instances de l’appareil d’État en vue de permettre la direction effective du gouvernement.
La question de communication gouvernementale mérite également d’être indexée. Il s’agit ici de plaider en faveur de l’établissement d’une politique nationale de communication, afin d’informer sur les orientations du gouvernement, sur les difficultés de l’heure et sur les solutions arrêtées pour les populations.
Il faut aussi et surtout une «culture de la communication» apte à renforcer l’institutionnalisation de l’État et se reposer sur les diverses structures existantes, au niveau national, régional et local, notamment sur les medias communautaires, afin de s’assurer de la circulation d’informations des chefs-lieux des départements aux sections communales.
Du gouvernement de coalition
Aujourd’hui, un consensus semble être trouvé pour un gouvernement de coalition détenant une feuille de route bien précise. Un tel gouvernement avec un programme commun, des objectifs clairement définis, soutenu par une majorité parlementaire bien structurée, pourrait garantir la prise en compte des attentes urgentes des populations. Il s’agira, néanmoins, de vœux pieux, si le prochain Premier ministre ne peut implémenter son action politique avec le soutien déclaré et réel du chef de l’État, dans le libre respect des prérogatives constitutionnelles de l’un comme de l’autre. Si le prochain titulaire de la Villa d’accueil n’est pas assuré de rencontrer les partis représentés dans son Cabinet de façon régulière ; s’il n’a pas la latitude, quand il en sent le besoin, de changer de ministre ou de hauts fonctionnaires ; s’il ne peut réviser son plan d’action au regard de la conjoncture nationale et internationale ; si le Parlement haïtien ne joue pas son rôle de législateur et de contrôleur en constant dialogue avec l’Exécutif... force sera de constater que la montagne aura accouché, une fois de plus, d’une souris. Il nous faudra alors évaluer les dégâts que nous n’aurons qu’à déplorer, une fois de plus, dans notre pays !
Que le prochain chef du gouvernement soit « politique », ou « technique », si les mécanismes institutionnels garantissant son action ne sont pas mis en branle, il échouera. La feuille de route issue du Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP) n’aura de vertu que si toutes les instances de l’appareil d’État s’impliquent de façon efficace et surtout respectent les règles du jeu démocratique.
Se reg jwet la ki pou respekte !

Marie Laurence Jocelyn Lassègue
Ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes
mercredi 7 mai 2008
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//Source de l'article:
http://www.lematinhaiti.com/PageArticle.asp?ArticleID=12657
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NDCDP.-


Le témoignage de la ministre Lassègue, observatrice du pouvoir de l'intérieur, vient corroborer mon observation à distance des faits politiques haïtiens et ma lecture entre les lignes de la Constitution: en particulier la dynamique particulière qui se développe au sein de l'Éxécutif bicéphale.
Ça ne marche pas, ça ne marchera pas, ce pouvoir bicéphale, à moins que le Président ne se comporte comme M. Boniface Alexandre et que le Premier ministre n'ait le panache de M. Gérard Latortue.
Selon mon analyse, pour que ça marche, il faudrait changer la constitution et la remplacer par une autre qui définisse non seulement une autre gouvernance politique, mais aussi et surtout, une démocratie parlementaire (un Parlement fort d'où émanerait automatiquement l'Exécutif après chaque élection).
Pour plus de détails sur cette idée, voir les articles suivants publiés la semaine passée sur Le Coin de Pierre en cliquant sur les liens ci-dessous:
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http://jfjpm.blogspot.com/2008/04/rpondre-lappel-du-peuple.html
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http://jfjpm.blogspot.com/2008/05/ditorial-du-journal-le-matin-ricq.html
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vendredi 2 mai 2008

Éditorial du journal Le Matin: «Éricq Pierre et nous»

NDCDP.-

Le journal Le Matin a décidé d'appuyer ouvertement le choix de M. Ericq Pierre, par le Président René Préval, comme candidat au poste de Premier ministre. Nous comprenons très bien ce geste, d'autant plus qu'il vient d'un membre prestigieux du quatrième pouvoir qui généralement se garde de prendre parti. Si M. Ericq Pierre est ratifié par le Parlement, nous le verrons à l'oeuvre pour pouvoir le comparer à notre unique étalon: l'ingénieur Frantz Merceron.

S'il est ratifié, nous l'observerons à distance, donc autant que faire se peut, pour constater comment se développera la dynamique au sein du Pouvoir Exécutif bicéphale: La Présidence et la Primature.

Cette donnée dans l'équation du problème politique haïtien n'a pas été considérée dans l'analyse de l'éditorial du journal Le Matin.

M. Ericq Pierre, du point de vue du Coin de Pierre, serait comme une pièce de rechange neuve que l'on aurait installée dans une minoune (« bogota », en créole). À un moment donné, le propriétaire de la minoune aurait à prendre la décision de changer la minoune pour un véhicule neuf.

L'autre comparaison qui nous vient à l'esprit est celle-ci: M. Ericq Pierre serait comme une auto neuve que l'on utiliserait sur une route défoncée. Cette comparaison-ci se retrouve à peu près en des termes différents dans l'éditorial du journal Le Matin. À un moment donné, il faudrait reconstruire la route; mais cette fois il faudrait faire reposer cette nouvelle route sur une base solide et la doter d'une surface de roulement présentant uni excellent, de sorte que la nouvelle route ne serait pas la cause principale de la détérioration prémauturée de l'auto neuve.

La nouvelle route, ce serait, en autres choses, une nouvelle constitution qui établirait un régime parlementaire fort d'où sortirait le Premier ministre (Député (ou Sénateur), chef du parti majoritaire au Parlement).

Tant que le Premier ministre est choisi par le Président de la République, conformément à la constitution actuelle, il sera:

a) ou bien comme une pièce neuve placée dans un vieux moteur,

b) ou bien comme une auto neuve placée sur une route défoncée.

Changer la constitution actuelle, en écrire une nouvelle plus simple qui instituerait un régime parlementaire fort, qui créerait un poste de Président de prestige non électif, et qui permettrait à quelqu'un comme Ericq Pierre, par exemple, chef d'un parti politique, élu député (ou sénateur) à la tête son parti majoritaire au Parlement, de devenir ipso facto Premier ministre. Alors, et alors seulement, on verrait Haïti sortir progressivement, mais définitivement de son enfer pavé de crises politiques qui se succèdent continuellement, depuis 1804 !

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Ericq Pierre et nous

Le Matin du 2 au 5 mai 2008

C’est à la formule de sa chronique au Matin « …. Et nous » que nous avons pensé spontanément lorsque nous avons appris la décision du président de la République de désigner Éricq Pierre comme Premier ministre conformément à la Constitution. Ce n’est pas seulement à l’attrait du jeu de mots que nous avons cédé en intitulant cet éditorial « Éricq Pierre et nous », mais à la qualité de la contribution de notre collaborateur dont les chroniques ont retenu l’attention dans divers milieux pour la justesse et la profondeur de ses idées et analyses. Réunie avec les éditorialistes et les responsables de la rédaction, la Direction du Matin a pour la première fois proposé de débattre du soutien à apporter à la candidature d’une personnalité à un poste politique. Certes, sous la plume de ses éditorialistes, notre quotidien a, en d’autres circonstances (transition du gouvernement intérimaire, accord politique et électoral du 28 novembre 2005), exposé l’orientation générale de ses interventions et la nécessité de soutenir telle initiative politique. La proposition d’aujourd’hui a suscité des débats éclairants entre nous. Toutes les nuances de positions ont été exprimées et les conséquences de la décision évaluées. Le Matin apporte son appui à la proposition du chef de l’État de ratifier la désignation d’Éricq Pierre comme Premier ministre.

Ericq Pierre, Premier ministre désigné (photo Le Matin, 2 mai 2008)

Les défis qui attendent le nouveau gouvernement sont énormes. Ne nous illusionnons pas, les plus difficiles ressortent de la gouvernance dans la mesure où l’institutionnalisation du régime politique est loin d’être achevée, dans la mesure où les défaillances de l’État, en tant que prestataire de services et référence d’autorité, hypothèquent considérablement la solution des graves problèmes qui assaillent le pays. Les plus criants, de ces défis, portent, on le sait, sur les réponses immédiates à apporter aux demandes d’une population démunie face à une conjoncture économique et sociale dramatique. Les plus éprouvants consistent à réunir des gestionnaires compétents, des dirigeants responsables, gens de terrain et têtes pensantes, dotés de ces grandes qualités politiques et morales que sollicitera à tout moment une situation particulièrement difficile et complexe. Les plus arides tournent autour de la cohésion de l’équipe dont le succès dépendra de sa capacité à demeurer à l’écoute du peuple et à maintenir ouverts les canaux de communication. Rude tâche pour un chef de gouvernement qui aura à faire montre de tact, de hauteur de vue et de détermination.


C’est en tenant compte de ces défis que nous apportons notre soutien à la candidature d’Éricq Pierre au poste de Premier ministre. Il participe d’un choix de notre journal d’accompagner dans ce contexte un homme, un collaborateur dont nous connaissons la compétence et le long cheminement militant au service de la démocratie dans notre pays, en plus d’être une personnalité de caractère qui a toujours refusé la politique de clans et les luttes de chapelle. Tous ceux qui le connaissent apprécient grandement son esprit d’ouverture et son sens des intérêts supérieurs de l’État. Sa fréquentation des cercles financiers internationaux a fait de lui un professionnel moderne bien au fait des questions complexes de la coopération. Ce n’est pas non plus un technocrate éloigné du terrain, dans la mesure où il a œuvré comme agronome dans de nombreux projets à travers le pays, en travaillant avec la paysannerie. Dans les colonnes de notre journal, il a défendu la production nationale et la préservation stratégique de notre environnement. Le Matin appuie ce choix, convaincu que la nation ne peut pas attendre un candidat aussi idéal qu’introuvable, mais doit faire preuve de pragmatisme pour soutenir un homme dont les compétences et le patriotisme ne sont nullement discutables.

En prenant cette décision, nous sommes conscients de l’originalité de notre démarche et de son caractère risqué dans un environnement partisan qui ne fait pas beaucoup dans la nuance. Mais nous estimons qu’en ces moments particulièrement difficiles de notre histoire, il faut oser exprimer librement une position lucide et patriotique qui peut contribuer à sortir la nation d’une trop longue indécision. Le Matin souhaite bonne chance au Premier ministre désigné dans la suite du processus constitutionnel où il aura à convaincre les membres du Parlement de la pertinence de ses projets pour le pays.

Cette position du journal n’est donc ni subjective ni émotionnelle. Elle procède d’abord d’une analyse du contexte politique et de la conjoncture nationale. Notre intention est de susciter l’innovation dans un milieu davantage habitué au wait and see ou au scepticisme préventif qu’à des prises de position qui engagent. Car nous croyons que le citoyen, loin de se cantonner dans le rôle de spectateur, est amené à s’engager dans ce qui touche à la vie de la nation et donc à son destin. Dans le même ordre d’idées, nous affirmons notre conviction que le journalisme s’exerce aussi en analysant et parfois même en choisissant et ne saurait se limiter toujours à la transmission des informations. Notre position se fonde par ailleurs sur notre connaissance et notre pratique d’Éricq Pierre, ami et collaborateur, dont les opinions, analyses et prises de position sur divers problèmes de la vie nationale ont toujours pleinement rencontré la ligne et les valeurs que nous défendons. Ce sur quoi nous misons, c’est sur la correspondance que M. Pierre saura maintenir entre ces opinions et ces analyses et son action d’homme d’État. Mais Le Matin a aussi une tradition de journalisme non partisan, critique, toujours suffisamment en recul par rapport à la crête de l’événement pour pouvoir traiter l’information et proposer des éclairages, comme c’est par exemple la fonction de nos éditoriaux. Et nous tenons, bien sûr, tout autant à cette tradition qu’à notre sens de l’innovation. C’est pourquoi cette prise de position favorable à Éricq Pierre ne constitue ni un chèque en blanc ni un appel du pied. Le Matin, tout en étant conscient de la nécessité d’une active et fructueuse contribution à la résolution des problèmes nationaux, demeure vigilant et conserve son entière indépendance face à toute équipe gouvernementale.

vendredi 2 mai 2008
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