lundi 29 avril 2013

Guayaberas à Juvénat

Par Gilbert Mervilus
Juvénat, avril 2013.
 
Pour Bernard et Yves, promeneurs aussi.

Un hasard professionnel m’a permis d’effectuer, récemment, une belle promenade dans le quartier de Juvénat, en un haut lieu de l’hôtellerie nationale. Fasciné par une impeccable distribution photographique des chefs d’Etat et de gouvernement de la Caraïbe, avant même d’atteindre le siège du Sommet, je me suis mis à voyager, entre le sourire des uns et le regard profond des autres. Sans prétention de lecture idéologique, je me suis contenté de les observer, en me rappelant que chacun d’eux relevait, chaque jour, des défis d’une complexité coriace.

La concrétisation de cette grande réunion fraternelle a d’abord été le résultat d’un extraordinaire dévouement pluriel. Deux silhouettes symbolisaient l’envergure du paquet sécuritaire déployé pour cet événement : l’inspecteur général Jean-Jacques N., ancien de l’U.S.G.P.N.et de l’U.S.P.[1], et le divisionnaire Bernard E. Ces deux soldats, dont les patronymes sont présents dans notre histoire depuis Toussaint Louverture, se  « dédoublèrent » : efficacité, discrétion, supervision polyvalente des agents sous leurs ordres. Visiblement, ils montaient la garde aux aurores et ignoraient le crépuscule.

Ce majestueux défilé de guayaberas a aussi reçu la bénédiction des charmants biceps organisateurs d’un solide groupe de dames, efficaces et effacées ; surtout dans les intenses moments de haute tension cérébrale, quant à la gestion linguistique. Elles ont su donner du bon pli aux guayaberas.

Quelqu’un, après la clôture de la deuxième journée, se présenta sur les lieux. D’une insistance contagieuse, en fixant la photo du leader chaviste, il voulait savoir si Nicolás Maduro était déjà aux alentours de Juvénat. Très courtoisement, un membre du staff détaché des Affaires Etrangères appela un commissaire de police, lequel comprit rapidement la situation, et ils promirent, gentillement, à l’illustre inconnu de lui planifier une petite rencontre avec le président vénézuélien. C’est alors qu’un autre bon natif commenta, à voix basse :

-Messieurs-dames, mystiquement, l’ombre de Chavez se promène au Karibe Convention !

Tôt le lendemain, en continuant ma petite promenade, suite à une bonne tasse de café et quelques brèves minutes de conversation nutritive avec Mr. J.M. Bazin, de l’Etat-major administratif du Karibe, je me suis rappelé que cela faisait presque 20 bonnes années de visites instructives chez, ce qui représente pour ma génération, le Grand frère, Kinam 1, à la Place Saint-Pierre de Pétion-Ville.

En ce temps-là, le Kinam 1 accueillait de prestigieuses délégations de journalistes. Ils venaient transmettre au monde les balbutiements de notre mémorable aventure, « retour à la démocratie ». Une anecdote fondamentale : en ces lourdes dernières semaines de la fin de l’embargo, le téléphone du Kinam 1 était l’un des rares à fonctionner à Pétion-Ville. J’habitais le quartier et souvent, je l’utilisais pour fixer mes promenades de l’époque.

J’ai grandi à deux pas de la maison du major Buteau, à Turgeau, en écoutant qu’il était parvenu, avec une patience paternelle, à collectionner les plus belles photos de notre histoire militaire du XXe siècle. Pendant de nombreuses années, la collection majeure du major Buteau a été la principale source, pour la réalisation des inoubliables albums de l’Académie Militaire d’Haïti, Le Flambeau. Un autre membre de la famille – prénom Max, si je ne me trompe- représentait pour sa génération, l’encyclopédie par excellence, quant au protocole et le savoir recevoir, selon les normes de l’étiquette majuscule.

Ces incontournables établissements m’ont paru comme l’écho continu des lointains chapitres, préfacés par les histoires que me racontait mon père, lorsque « Le Rond Point[2] » sonnait fort à nos oreilles de turbulents pantalons-courts (que nous sommes restés dans le cœur !). Je n’avais même pas rêvé, qu’un certain vendredi d’avril 2013, j’aurais serré la main du président Danilo Medina (10h58 am, Salle Acajou) ; quelques minutes après, j’aidais un membre de la délégation mexicaine à placer la chaise du président Enrique Peña Nieto. Un des secrétaires du chancelier bolivarien Elías Jaua a bien accepté mon message écrit, envoyé au lieutenant Juan Francisco Escalona, aide de camp du président Hugo Chavez. Des petits chapitres d’histoire personnelle, bien inscrits dans la Grande Histoire qui s’écrivait à la salle Acajou du Karibe Convention Center, à Juvénat, Pétion-Ville.

S’il vous arrive de visiter les immortelles photos de la collection Karibe, vous découvrirez la patiente construction d’une légende, presque centenaire, depuis le premier « Cosaque » de Kenscoff, en 1928, jusqu’au majestueux hôtel de Juvénat. Grandes et petites guayaberas se sentent, j’ose avancer, à domicile (traduisez : a gusto). Je me rappelle une fantastique promenade, le 28 février, de l’année 2011, invité par Mme. Myrto, à quelques centimètres d’un résident de Pennsylvania Avenue… Il y resta pendant deux mandats, c’est à dire huit ans. Lui aussi, le grand Bill, je l’ai vu, très à l’aise, au cours d’une longue journée de travail de presque douze heures d’horloge, à cette salle Acajou.
En juin de l’année dernière, à l’occasion d’une promenade scientifique avec le ministère américain de l’agriculture, à la salle Cattleya, invité par Madame Isabel, j’ai confié à Mr. Richard Buteau, mon rêve d’un Karibe dans chaque département géographique d’Haïti. Sur le champ, nous avons souri, sagement souri, sachant que la « machine » Karibe exige la multiplication dynamisante d’incroyables ressources humaines. Exercices éreintants d’acrobates aguerris, à peine imaginable pour la majorité des clients.
Depuis la lointaine conjoncture de mes entretiens nutritifs avec Mr. Aubelin Jolicoeur, je me suis toujours passionné par le côté opérationnel de la gestion, sans bavure, du séjour des grands visiteurs sous nos cieux. La lettre de Congratulations de l’officier de communication d’une First Lady au Karibe reste un document de référence, en ce sens.

L’hôtellerie est d’abord un grand rêve, de ces rêves qui vous enlèvent le sommeil et vous font affirmer, comme le fit le poète Fernández Retamar à Fidel, en 1959, « volveremos a crear el Universo ». Une forte dose de persévérance, à la charge de plusieurs générations, comme dans cette belle histoire Cosaques-Rond Point-Kinam-Karibe.

Il y a 25 ans, j’avais décidé de faire de la guayabera ma chemise préférée, suite à un séjour de cœur à travers l’Amérique Centrale. De retour, des amis me considérèrent d’un œil amusé ! J’ai été heureux, au cours de cette promenade à Juvénat, en écoutant notre talentueux historien, Mr. Watson Denis[3], soldat polyvalent, nous inviter à porter la guayabera, à l’occasion de l’historique déclaration signée en cette ville, hommage au père du panaméricanisme, l’un de  nos généraux fondateurs, Alexandre Pétion.  

Aux côtés de notre chancelier, Mr. Pierre Richard Casimir, chef d’orchestre d’un ministère en fortification continue avec le Premier ministre Laurent S. Lamothe, qui venait de préfacer, avec son gouvernement, une remarquable partition dans le XXIème siècle régionale, le Dr. Denis se « dédoubla » de savoir faire et de culture.

Heureux donc, ce vendredi, lors de cette première diplomatique fraternelle, de me trouver, à quelques centimètres de notre Président, Son Excellence Michel Joseph Martelly, dont la couleur de la guayabera se rapprochait de la mienne : bleu ciel. Evidemment, la sienne porte certainement l’empreinte du maestro universel Edgar Gómez[4]. J’ai glissé à Madame Kerline, qui encourageait notre promenade :

-La Caraïbe est, enfin, au pouvoir, chez nous !

J’ai bien retenu le commentaire révélateur du président Martelly, en clôturant la conférence de presse du jour : « Vous ne vous imaginez pas la quantité d’appels téléphoniques et de transpiration de reprogrammation convergents entre chefs d’Etat, ministres et secrétaire général, qu’exige la concrétisation de cette Rencontre ! ».



[1] Unité de la Sécurité Générale du Palais  nationale et Unité de la Sécurité Présidentielle.
[2] Célèbre restaurant au Bicentenaire (Boulevard Harry Truman), à Port-au-Prince.
[3] Lecture chaudement recommandée : «L’Association des Etats de la Caraïbe : l’organisation de la Grande Caraïbe », Ed. Challenges, 2013, P-au-P, Haïti, 243 pages par le Dr. Watson Denis.
[4] Maitre-tailleur colombien (Cartagena), a confectionné des guayaberas pour le roi d’Espagne, Juan Carlos, l’écrivain García Márquez, le président Chavez, Bill Gates, Mel Gibson, entre autres.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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