samedi 20 août 2011

Madame Roger Anglade




Madame Raymonde Élie Anglade (1924-2011)
Source de l'image: Collège Roger Anglade.

Source de l'article : CRA, 19 janvier 2011

Formée à la prestigieuse école normale d’Elie Dubois, Raymonde Elie a d’abord été institutrice dans notre enseignement public. Par la suite, devenue Mme Roger Anglade, elle a été, avec son mari, la co-fondatrice, en 1957, d’un cours privé qui allait devenir le Collège Roger Anglade. Elle éduqua ses enfants en mère de famille aimante et dévouée, et au-delà, son amour pour l’enfance s’étendit à de nombreuses promotions d’élèves. Et jusqu’au dernier jour, c’est-à-dire pendant plus d’une soixantaine d’années, elle se dépensera sans compter au service de l’enfance et de la jeunesse scolaire de son pays. Elle œuvra sans désemparer pour instruire et former cette jeunesse, toujours soucieuse de lui apporter, en plus des connaissances, les bonnes manières, le savoir-vivre, le savoir-être, avec le sens moral et l’amour de la patrie. Suppléant souvent en ces domaines aux insuffisances familiales. Elle était d’ailleurs une conseillère respectée et écoutée des parents qu’elle recevait avec patience et disponibilité. Et malgré sa sévérité, les enfants se sentaient aimés d’elle et ils lui manifestaient leur affection en retour. Même, les plus grands en avaient ritualisé l’expression en faisant de la célébration de l’anniversaire de Mme Anglade un privilège de la classe de terminale.

Depuis plus d’un quart de siècle, c’est Mme Anglade qui a conduit les destinées du collège. Elle avait relevé le défi, après le décès de Roger Anglade. Avec un jugement assuré sur les personnes, elle a constitué les équipes pédagogiques de son cher niveau primaire, qu’elle a organisé en vue d’une efficacité optimale. Pareillement, en structurant la direction de l’établissement, avec délégation de responsabilité aux différents niveaux d’enseignement et création d’une direction pédagogique, elle s’est dotée des appuis nécessaires. Elle a donc maintenu le cap et poursuivi le développement du collège, qui, incontestablement, est actuellement l’une des plus importantes institutions laïques privées du pays. C’est donc une directrice avisée, se tenant informée de tout, qui a orienté l’évolution générale du collège et supervisé sa marche quotidienne. Ayant l’œil à tout et détectant, comme avec un radar, tout ce qui demandait intervention. Longtemps encore, on croira entendre résonner, dans la cour et sous le préau, cette voix qui portait loin, sans adjuvant technique.

Il faudrait aussi parler de l’alliance d’affabilité et de fermeté qui caractérisaient Mme Anglade, de sa force de caractère dans l’adversité et de sa discipline. Il faudrait mentionner cette volonté persévérante et parfois têtue qui, ces derniers temps, niait même les limites physiques qui font cortège à l’âge et aux ennuis de santé. Qui l’aura jamais entendu se plaindre ? Pour elle, il était évident que les problèmes n’existaient que pour être résolus, les obstacles pour être surmontés et les difficultés pour être vaincues. Sa vitalité et sa résolution pouvaient culpabiliser de bien plus jeunes qu’elle, tout comme son sens rigoureux du devoir.

Enfin, comment ne pas évoquer à propos de Raymonde Anglade, la chrétienne à la foi inébranlable ? Toujours, elle a porté haut ses convictions religieuses. Elle y a puisé cette force avec laquelle elle a traversé les grandes épreuves de sa vie. Sans rechigner, elle a pris sa croix et a poursuivi le chemin qu’elle croyait être le sien. Educatrice chrétienne, elle a inclus dans sa mission de conduire les enfants à
Dieu. Son école était un établissement laïc, mais catholique, dans lequel l’enseignement religieux dépasse la préparation à la première communion pour se poursuivre dans tout le cycle fondamental. Mais dans un esprit ouvert et tolérant qui permet aux élèves d’autres confessions, d’y évoluer à leur aise.

Telle était la personne partie le 11 janvier, juste un an après le séisme qui dévasta son Port-au-Prince, détruisant cette église du Sacré-Coeur, cadre et témoin de tant d’évènements importants de sa vie et où elle accompagna tant de promotions d’élèves. Détruisant aussi Saint-Louis Roi de France, église paroissiale dont relève le Collège Anglade. Détruisant enfin sa résidence. Bref, anéantissant des repères vitaux pour elle. Terrible épreuve à son âge, que de devoir ramper pour sortir des décombres de ce qui avait été son foyer. Cela aussi, elle l’a accepté sans manifester d’aigreur, car pour elle, « le Seigneur donne et le Seigneur reprend ». Elle n’a pas trop extériorisé, non plus, les effets de ce choc, toujours par cette pudeur et par ce souci de faire face sans importuner quiconque.

A une époque où l’on parle si souvent de manque de modèle pour la jeunesse, elle a tracé un exemple devant lequel il convient que nous inclinions tous.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Tres bel article...