dimanche 13 novembre 2011

‎100 LEÇONS POUR ECRIRE UN ROMAN (suite 5)

Par Michel Bertrand
Romancier



Facebook, 30 octobre 2011
28e leçon

Combien de pages pour en faire un chapitre ?

Lors d'une causerie, quelqu'un m'avait posé la question suivante : Généralement, un chapitre se compose de combien de pages? Il n'y a vraiment pas une mesure ou une quantité imposée, mais je peux quand même faire des suggestions. C'est certain que plus les chapitres sont courts, plus c'est facile pour le romancier débutant de bien mener son travail de rédaction. C'est plus facile de contrôler rapidement ce qu'on a déjà écrit, de voir si on est dans l'histoire qu'on raconte. Les chapitres courts permettent de ne pas tomber dans les pièges tels que la fatigue, le verbiage, le bavardage, le remplissage, les temps morts, le manque de précision et de clarté. Les chapitres du roman moderne sont courts et concis.
 
A remarquer que quelqu'un qui feuillette un roman dont les chapitres sont courts, cela lui donne l'impression que c'est un livre qui peut se laisser lire rapidement, en deux temps trois mouvements. Les chapitres courts apportent l'illusion qu'il y a des pages blanches, donc pas beaucoup de choses à lire.
En résumé, le romancier débutant n'a pas intérêt à écrire des chapitres dépassant dix pages dactylographiées. Un minimum de trois pages et un maximum de 7 pages, c'est l'ideal. Et puis, petit à petit l'oiseau fait son nid.
 
Michel Bertrand
Tous droits réservés.
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Facebook, 31 octobre 2011
29e leçon



N'arrête pas de raconter ton histoire à toi-même et à tes amis...

Au fur et à mesure que tu avances, raconte l'histoire de ton livre à toi-même et à tes amis. Demande à tes amis ce qu'ils en pensent. Moi, quand j'écris un livre, je raconte l'histoire d'abord à moi-même très souvent avant de dormir et ensuite à mes proches amis. C'est vrai que c'est bon de rêver, de créer à partir d'un travail d'imagination ou d'observation, mais il y a aussi un plaisir personnel de constater que ton travail arrive à attirer l'attention, à plaire aux autres. Tu peux être surpris(e) de voir avec quelle attention on t'écoute, on te suit en racontant ton oeuvre même inachevée.
Faire choix du métier d'écrire, c'est accepter d'assumer ce que tu as écrit ou écriras plus loin. Tout romancier, particulièrement un débutant, doit reconnaître que la critique, même négative, est nécessaire. Il y a toujours une leçon à tirer de ce qu'on a dit de mauvais à propos d'un livre ou de toute oeuvre d'art. La critique peut être un guide. Les suggestions et le regard que quelqu'un projette sur ton livre, surtout si c'est ton premier roman, ont toujours leur importance si tu en tiens compte et corriges ce qu'il faut corriger. Et puis, n'oublie jamais que personne n'écrit un livre tout seul. Il y a toujours quelque part la contribution de quelqu'un. Si un jour une critique te laissera triste et blessé( e), pour te consoler, tu te souviendras que "la critique est aisée, mais l'art est difficile." Amen !

Michel Bertrand
Tous droits réservés.

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Facebook, 2  novembre 2011
30e  leçon

Ecrire: plaisir, passion et découragement...

Le plaisir d'écrire, de créer, de produire une oeuvre d'art est toujours conditionné par une force impulsive intérieure et souvent incontrôlable. Dès qu'on commence la rédaction d'un roman, on voudrait aller jusqu'au bout, en voir vite la fin. C'est un moment très exaltant, plein de passion et surtout si on est un romancier débutant. Chaque page écrite a la valeur d'un trésor et conduit certainement vers la réalisation d'un rêve très cher. Secrètement ou intimement, on se sent écrivain, on se le dit en soi ou on le dit hors de soi, entre amis. Quelle passion ! Quelle exaltation !
 
Mais, tout n'est pas toujours rose. Il y a des moments où c'est le découragement, où l'on a envie d'abandonner, de déposer la plume. A ce moment-là, il faut arrêter d'écrire, ne pas forcer les choses, mais on doit toujours penser à l'histoire qu'on veut raconter, qu'on est en train de raconter. En d'autres termes, on arrête de l'écrire, mais on y pense toujours. Et puis, brusquement, tu peux retrouver ton énergie créatrice, ta passion et recommencer de plus belle.
Ecrire est une activité humaine, c'est probablement pourquoi il y a des hauts et des bas.
 
 Michel Bertrand
Tous droits réservés.
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Facebook, 3 novembre 2011
31e leçon
L'histoire de ton livre est à 70% racontée.

Tu es sur le point de terminer ton livre, disons de préférence que tu vas finir d'en raconter l'histoire. Bref, ton travail est 70% achevé. Le pourcentage de 30% qui te reste est très important. Il ne faut pas le négliger. C'est dans cet intervalle que tu dois résoudre tous les problèmes posés, répondre aux questions en suspens, créer plus de suspense pour tenir le lecteur ou la lectrice accroché(e )davantage à la fin de l'histoire. Pas de présence de temps morts. Pas de style confus. Pas de situations équivoques sauf si elles sont voulues. A un pourcentage de 30% de sa fin, c'est le moment où le livre a besoin de plus de clarté et de précision. Le lecteur doit être bien pénétré de l'histoire que tu lui racontes et dont la fin approche. S'il lui reste un dernier intérêt comme lecteur, c'est celui de voir comment va finir ton livre ou qu'est-ce qui va se passer? Ce n'est pas le moment d'inventer d'autres personnages. Le personnage principal, sache qu'on le surveille de près; on l'aime ou on le hait davantage; on projette sur lui un regard permanent parce qu'on veut le suivre, le poursuivre à travers son aventure, son rôle, ses audaces, ses qualités, ses défauts ou tout simplement à travers la mission qui lui a été attribuée.

Dans certains romans, la vérité à savoir est sue presque avant la dernière page.
L'écrivain met fin à son livre quand il est certain que tout est dit, que tout est fait, que tout est réglé et que la personne qui le lit restera accrochée jusqu'à la fin et qu'elle n'aura qu'à faire un dernier geste: fermer le livre avec la satisfaction d'avoir lu une bonne histoire.
 
Michel Bertrand
Tous droits réservés. 
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Facebook, 4 novembre 2011
32e leçon

Enfin, toute l'histoire est racontée, mais le livre n'est pas prêt pour être publié.

Un bel effort d'avoir pu arriver au dernier chapitre de ton roman. Finalement, ton histoire est sortie de ton esprit. C'est l'accouchement pur et simple de ton premier bébé. Tu te sens libéré après le dernier chapitre et tu peux même arriver à sourire de satisfaction ou à crier au fond de toi : j'ai écrit mon livre !!! Et c'est surtout avec fierté que tu as terminé le dernier chapitre en écrivant au-dessous de la dernière ligne: FIN.
 
Romancier débutant ou romancier expérimenté, il y a toujours ces questions à se poser après avoir terminé la rédaction de son roman, à savoir: Y a-t-il des fautes? Y a-t-il des errata ou coquilles? Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, la réponse est OUI. Puisque c'est oui, un travail d'une autre nature commence. Un travail qui peut nécessiter la compétence d'un spécialiste, d'un grammairien si tu n'es pas suffisamment autonome. De grands écrivains peuvent avoir un problème d'orthographe et soumettent leurs oeuvres à des spécialistes en la matière.
Il est formellement interdit de publier un livre sans en avoir révisé le manuscrit. Paulo Coelho, grand romancier devant l'Eternel, a dit dans une interview qu'il lui est souvent arrivé de réviser un texte cinq, sept ou même dix fois. Réviser un texte, c'est l'examiner de nouveau, le modifier si c'est nécessaire. Moi, ton serviteur, j'ai le souvenir d'avoir éliminé les deux premiers chapitres de mon 5e roman et de le commencer à partir du troisième chapitre. Les premiers chapitres font souvent preuve de tâtonnement, d'un manque d'assurance, de précision, de cohérence, surtout quand on est débutant.
Il faut toujours et toujours réviser ton texte en tenant surtout compte des suggestions ou des critiques...Si je ne me trompe pas, c'est Boileau qui disait: CENT FOIS SUR LE METIER.
 
 Michel Bertrand
Tous droits réservés.
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Facebook, 6 novembre 2011
33e leçon

La première révision proprement dite.

La révision du texte est aussi importante que la phase de la rédaction. Elle est de nature à conduire à un travail fini. Le romancier débutant doit, dans le cadre de cette révision, pouvoir répondre aux questions suivantes sans orgueil:
  1. Ai-je lu et relu mon texte attentivement?
  2. Ai-je déjà corrigé les fautes dont je me suis moi-même rendu compte et celles signalées par mes amis ou autres personnes avisées qui ont lu le manuscrit?
  3. Ai-je tenu compte des suggestions et des critiques de ceux ou de celles qui ont lu le manuscrit?
  4. Après les corrections, ai-je pressé SAVE?
  5. Après la première révision, ai-je transféré sur USB la bonne version?
  6. Suis-je assez patient pour réviser mon texte chaque fois que cela est nécessaire?
  7. Le nombre de pages dactylographiées ne va-t-il pas donner naissance à un roman trop volumineux après la pagination? (250 pages ou plus, c'est contraire aux romans modernes)
  8. Suis-je capable de raconter verbalement l'histoire de mon roman à mes amis ou à travers les presses écrite, parlée et télévisée ?
  9. Dois-je déchirer mon texte si je n'ai pas la possibilité financière de le publier tout de suite?
  10. Suis-je capable de conserver mon manuscrit en lieu sûr?
Le romancier débutant, qui est capable de répondre franchement à ces 10 questions, a la chance que son projet devienne une réalité.

Michel Bertrand
Tous droits réservés.

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Facebook, 8 novembre 2011
34e leçon

La deuxième révision du texte.

Comme la première et encore plus, la deuxième révision du texte impose des méthodes et des exigences. La tendance et l'envie de publier chez le romancier débutant, c'est de croire, après la première révision, que le texte est publiable. Non! Il y a encore du travail et du travail important. Par exemple, c'est la phase de se pencher sérieusement sur le côté grammatical, sur la concordance des temps et même sur la possibilité de réduire ou d'allonger le texte, de l'examiner en profondeur, de le fignoler en rêvant d'un travail parfait.
La deuxième révision permet de voir si les rapports logiques qui existent entre les faits avancés, entre les personnages eux-mêmes sont bien étudiés. Quant aux personnages, leurs traits de caractère permettent-ils de les voir différents les uns des autres ? Paraissent-ils trop fictifs ou trop éloignés de la manière dont les choses se passent vraiment dans la vie réelle ? C'est une histoire imaginée, c'est vrai, mais il faut voir si elle est suffisamment vraisemblable ou trop invraisemblable. Certaines histoires fictives ou imaginées sont tellement bien pensées, le lecteur ou la lectrice se demande, pendant ou après lecture, est-ce vrai ou faux?
 
Le romancier débutant n'est pas souvent en mesure d'analyser la structure de son oeuvre. C'est pourquoi il doit être très patient et prudent avant de contacter une maison d'édition. Qu'il sache que la patience ne tue pas, mais elle mûrit.

Michel Bertrand
Tous droits réservés.
 
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Facebook, 9 novembre 2011
35e leçon

Après la dernière révision du texte...

Le texte est SUFFISAMMENT révisé. Deux pages blanches, susceptibles d'être utilisées pour les dédicaces, doivent précéder le premier chapitre. Tous les chapitres sont minutieusement numérotés de 1 à x. Le choix définitif du caractère des lettres est fait. Ce caractère peut être 12, 13 ou 14, mais généralement 12. Maintenant, que reste-t-il à faire? A cette phase, voyons ensemble ce qu'íl faut faire:
  1. On enregistre, via USB, la dernière version corrigée du texte;
  2. On imprime cette version que contient le USB;
  3. Le texte, une fois imprimé en deux ou même trois copies, on le relit, le fait lire par des amis capables d'apprécier ou de critiquer une histoire romanesque. En fait, on veut, avant la phase de la pagination, avoir les opinions des autres, savoir ce qu'ils en pensent;
  4. S'il y a des opinions, des suggestions ou des critiques valables, il faut avoir le courage de réviser une dernière fois le texte.
  5. N'oublie jamais d'enregistrer, via USB, cette dernière version corrigée compte tenu de son importance. C'est elle qui sera utilisée pour la phase de la pagination...
  6. Ne jamais supprimer le texte au niveau de l'ordinateur malgré l'existence du USB le contenant. Il faut toujours et toujours attendre la parution du livre. 
  
 Michel Bertrand
Tous droits réservés.
  

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Facebook, 10  novembre 2011
36e leçon

La pagination ou la numérotation des pages 

Je me rappelle avoir dit qu'un manuscrit, qui varie entre 90 et 110 pages dactylographiées, peut, après le travail du graphiste ayant la charge de paginer le livre, produire un roman variant entre 140 et 160 pages. Pour un romancier débutant, un ouvrage ainsi volumineux, c'est l'idéal.
Une fois que les dernières corrections sont minutieusement effectuées et enregistrées via le USB, le romancier débutant a pour devoir de:
  1.  Contacter un graphiste pour la pagination et la page de couverture ou toute autre personne qui s'y connaît. A remarquer que la pagination d'un roman qui n'est pas trop volumineux peut se faire en moins de trois heures d'horloge;
  2. Réclamer une copie du graphiste et cette copie sera lue attentivement afin de bien vérifier si les chapitres sont bien placés du point de vue esthétique. C'est très esthétique de commencer chaque chapitre à droite...Il faut aussi vérifier les paragraphes avant l'impression du livre. J'ai un roman, LA VEUVE ET L'AUTRE, dont un paragraphe, après la pagination, a été éclaté en deux parties;
  3. Réclamer un CD qui sera remis à la maison chargée d'imprimer le livre. Ce CD peut contenir le livre paginé et aussi la page de couverture. Certains écrivains ne passent pas par le graphiste pour faire paginer leurs livres. Ils remettent directement le USB à la maison d'édition qui, elle-même, se charge de faire tout le travail( page de couverture, pagination et impression).
Cher débutant ou chère débutante, ton rêve, à cette phase, se dirige vers sa concrétisation. Tant mieux.
  

Michel Bertrand
Tous droits réservés.
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Facebook, 12  novembre 2011
37e leçon

La décision de contacter une Imprimerie ou une Maison d'édition.

En Haïti, d'une façon générale, il n'y a que des imprimeries, ce qui revient à dire que l'écrivain, débutant ou expérimenté, se voit dans l'obligation de publier à compte d'auteur, sauf s'il a bénéficié du support de certains sponsors ou si l'oeuvre est primée suite à un concours. Autrement, il apporte son oeuvre, son argent et on lui donne le service dont il a besoin. C'est différent dans les pays, par exemple, comme le Canada, la France, l'Angleterre et les Etats-Unis où il y a beaucoup de Maisons d'édition qui se chargent de publier elles-mêmes des oeuvres qu'elles jugent susceptibles d'être des best-sellers ou du moins de connaître un grand succès.
La prise de contact avec une Imprimerie se fait de la manière suivante:
  1. Tu te présentes à l'Imprimerie et dis que tu veux publier ton livre;
  2. On va te demander de fournir le CD ou le USB;
  3. L'Imprimerie fait une copie du contenu du CD ou du USB, c'est-à-dire une copie de la version paginée de ton roman;
  4. L'Imprimerie vérifie le nombre de pages pour pouvoir fixer le prix;
  5. Tu dois t'attendre à cette question: tu veux imprimer ton livre en deux ou en quatre couleurs? (c'est encore pour fixer le prix). Une impression en deux couleurs veut dire "noir et blanc" et en quatre couleurs suppose que la page de couverture aie une couleur, le titre aie une couleur, la photo de l'auteur aie sa couleur, le nom de l'auteur aie sa couleur et tout ceci pour arriver à fixer le montant à payer;
  6. L'Imprimerie te parlera, au moins, de deux types de papier ( question de qualité et toujours dans le cadre du prix);
  7. Maintenant, la grande question arrive en ce qui concerne le prix : Combien d'exemplaires voulez-vous imprimer? Généralement en Haïti, cela varie entre 500 et 2000 exemplaires. L'idéal, c'est le choix de 1000 exemplaires parce que, ce qui est paradoxal, il n'y a pas une grande différence entre le prix de 500 et le prix de 1000 exemplaires. Ex: 500 exemplaires pour 1500 dollars américains et 1000 pour 2100 dollars américains. A toi d'en juger...
  8. Le prix est fixé;
  9. La date de livraison;
Remarque: La 37e leçon n'est pas terminée...

Michel Bertrand
Tous droits réservés. 

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Facebook, 12  novembre 2011
38e leçon

Le devoir de l'Imprimerie avant l'impression.

Au cours de la leçon précédente, j'ai laissé voir que l'auteur doit remettre le CD ou le USB à l'Imprimerie. Ce n'est pas un cadeau, l'Imprimerie fera une copie du CD ou du USB et te le remettra tout de suite. 

Avant l'impression définitive de ton roman, l'Imprimerie a pour devoir de te remettre un exemplaire/modèle que tu vas lire attentivement chez toi. Cet exemplaire, c'est le livre(aspect physique) moins la page de couverture.
Pendant qu'il est temps, il faut vérifier l'ordre régulier des chapitres, voir s'il n'y a pas de paragraphes éclatés en plusieurs parties. C'est aussi le moment de porter une dernière correction. Et si finalement tout est correct, l'Imprimerie, pour se protéger, te demandera de signer cet exemplaire . Ta signature apposée au bas de la première page signifie que tu es entièrement d'accord et qu'on peut procéder à l'impression de ton livre. Tu vas attendre deux semaines ou un mois...

A cette phase de voir ton premier bébé naître, l'attente paraît toujours longue. Tu voudras même avoir accès à la cuisine de l'Ímprimerie pour voir comment se fait l'accouchement définitif.

 Michel Bertrand
Tous droits réservés.

samedi 12 novembre 2011

Le Droit pour Monsieur et Madame Tout le Monde - No. 5

  
Un très très court survol de la Responsabilité Civile
Par Guy Lamothe


Ce titre m’est venu à l’esprit, en osant penser aux deux Tomes de plus de six cents pages chacun écrits en caractères moyens, véritable monument juridique dans lequel l’auteur René Savatier développe l’unique thème de la Responsabilité Civile; il y fait montre, entre autres, d’une beauté de raisonnement poussé jusqu’à l’extrême limite de la capacité de l’esprit humain.

Revenons à nos moyens infiniment plus modestes.
Notre tâche consiste à essayer de mettre l’accent  sur quelques articles les plus utilisés en matière de responsabilité civile tirée de notre Code Civil, en les illustrant, selon le cas, par un ou deux exemples qui seront beaucoup plus faciles à retenir que les numéros d’articles. Vous conviendrez avec moi qu’il serait fastidieux d’écrire au complet chaque article. Voilà pourquoi nous nous arrêterons à la première ligne ou phrase de l’article à commenter suivi de son numéro.

Nous avons classé en cinq groupes les articles en question :

1o) Introduction à la notion de responsabilité civile.
«Toute personne doit respecter les règles qui s’imposent à elle pour ne pas causer préjudice à autrui, que ce préjudice soit corporel, moral ou matériel.» (art.1457)
Cet article à lui seul renferme, en grande partie, toute  la responsabilité civile: le préjudice est corporel, quand on ne respecte pas autrui dans sa personne ; le préjudice est moral, quand on ne respecte pas autrui dans sa réputation ; le préjudice est matériel, quand on ne respecte pas autrui dans ses biens. Outre le caractère juridique de cet article, quelle belle leçon de savoir-vivre, de savoir-faire, de civisme même il nous donne !

2o) Responsabilité de sa propre faute.
«Toute personne a le devoir d’honorer les engagements qu’elle a contractés.» (art.1458)
Dans un contrat d’acquisition,  l’acheteur s’engage à payer le prix, et le vendeur à livrer la chose vendue. Si l’une des deux parties n’exécute pas son engagement,  elle sera poursuivie par l’autre, en dommages et intérêts, pour préjudices moraux et matériels causés.
Remarque importante.- Un contrat  est parfait du moment qu’il y a eu accord sur la chose et sur le prix ; on n’a pas besoin d’un écrit ; en droit, ce n’est pas l’«écrit» qui constitue, qui donne naissance au contrat, il ne fait que le constater ; il est un instrument. On a recours à l’«écrit» pour plus de garantie ; car  s’il n’y a pas d’«écrit», l’existence du contrat sera plus difficile à prouver au moyen d’autres preuves.

3o) Responsabilité du fait ou de la personne d’autrui.
«Les parents ou celui des deux qui exercent l’autorité parentale sont responsables du préjudice causé par leurs enfants mineurs de moins de quatorze ans.» (art. 1459).
Votre enfant mineur commet un acte répréhensible quelconque, vous êtes tenus pour responsables.
«Le titulaire de l’autorité parentale est responsable du préjudice causé par le mineur qu’il a sous sa garde.» Mais le titulaire de l’autorité parentale n’est pas responsable, s’il arrive à prouver : a) qu’il n’a lui-même commis aucune faute dans la garde, la surveillance ou l’éducation de l’enfant ; b) que le mineur n’est pas responsable du préjudice qui lui est imputé; c) que le mineur est un malade mental.      

3o) Responsabilité du fait ou de la personne d’autrui (suite).
Le commettant et la faute du commis ou du préposé :
a) Vous avez un commerce de livraison par camions de marchandises. Le chauffeur, dans l’exercice de sa fonction commet un accident, vous êtes tenu pour responsable, mais vous n’aurez aucune somme à verser, en raison de vos types d’assurance-responsabilité.
Par contre, si votre chauffeur a utilisé le camion à des fins personnelles et qu’il a un accident, le responsable est le chauffeur et non la compagnie. Dans les deux cas la loi ne fait qu’identifier le responsable et l’assurance-responsabilité sans égard à la faute et une assurance-accident du chauffeur qui dédommagent.
b) Vous marchez normalement et attentivement, en hiver, sur un trottoir glacé qui n’a pas été nettoyé. Vous faites une vilaine chute et vous vous cassez un bras. La Ville est responsable de cet accident.
Mais si elle arrive à prouver que vous couriez ou que les semelles de vos bottes étaient élimées, elle ne sera pas tenue pour responsable.

4o) Responsabilité du fait des animaux.
«Le propriétaire d’un animal est tenu de réparer le préjudice causé par son animal.» (art.1466).
Vous avez un chien; il n’est pas attaché et mord quelqu’un; vous êtes responsable.
Par contre, si le chien est bien attaché dans une cour, l’enfant du voisin, à l’insu de tout le monde, est venu l’agacé et s’est fait mordre. Là il n’y a aucune faute de la part du propriétaire du chien, en vertu du principe :«Il n’y a aucune responsabilité de la part de l’auteur apparent d’un dommage, quand il y a eu faute de la part de la victime
Ce principe s’applique dans tous les cas de responsabilité où il y a faute de la part de la victime.

5o) Certains cas d’exonération de responsabilité.
a) Exonération légale.

Elle est celle qui est prévue par la loi :«Toute personne peut se dégager de sa responsabilité pour le préjudice à autrui, en cas de force majeure (séisme, inondation, ouragan).
Vous êtes le gardien d’un cheval ; celui-ci est emporté par les eaux en furie d’une vaste inondation. Vous n’êtes pas responsable.
b) Exonération consensuelle (les parties sont d’accord ou même l’une d’elle).
«On ne peut se disculper à l’avance, dans un contrat, de toute responsabilité.» (art. 1477)
Pourtant ces sortes d’avis pullulent et poussent comme des champignons et se retrouvent souvent écrits en petits caractères, sans qu’on le sache, au verso de certains documents, tels des billets de stationnement, de nettoyage… : «Nous ne sommes pas responsables des dommages causés à votre voiture…Nous ne sommes pas responsables des dommages causés à votre linge…» Sachez que de tels écrits n’ont aucune valeur aux yeux de la loi. Nous allons plus loin, même si vous y avez acquiescé en signant de tels documents, cela ne vous enlève pas le droit de poursuivre leurs auteurs advenant un préjudice de leur part.

À cette phase de notre tâche, nous nous voudrions de ne pas parler de la Diffamation qui chevauche le Code Civil et le Code Criminel; car je n’aurais peut-être plus l’occasion d’y revenir.

La diffamation.

La diffamation est une déclaration écrite ou verbale par laquelle on porte atteinte à la réputation d’autrui. L’action en justice par laquelle on demande réparation de cette déclaration s’appelle une action en diffamation.
Parfois une action en diffamation sert d’épouvantail, elle est entreprise, pour intimider autrui, en lui réclamant des sommes astronomiques soi-disant pour préjudices causés. Puis, une fois obtenu ce que le demandeur voulait de lui, pas nécessairement de l’argent, par exemple des excuses, il renonce à l’action avant le procès.
Quelles sont donc les conditions pour qu’une action en diffamation soit valable ?
Deux conditions sont nécessaires pour qu’une action en diffamation soit valable:

a) Il faut qu’elle ait un caractère de publicité.

b) Il faut qu’elle soit une fausse accusation.

S’il manque l'une de ces conditions, l’action sera rejetée. Par exemple, si quelqu’un est voleur, et presque tout le monde le sait, son action en diffamation sera rejetée parce que votre déclaration est vraie, elle n’est pas fausse, même si elle a été faite en public. L’action sera encore rejetée si seul, dans votre bureau, vous dites à quelqu’un qu’il est un voleur, alors qu’il  ne l’est pas, son action sera rejetée pour défaut de publicité, alors que la déclaration est injuste.
Y-a-t-il lieu à une action en diffamation, lors d’une campagne électorale ?
Si lors d’une campagne électorale, le candidat X  dirige des attaques injustifiées contre son adversaire, le candidat Y. Celui-ci ne peut diriger aucune action en diffamation contre celui-là. Car le simple fait de participer à une campagne électorale, en qualité de candidat, entraine automatiquement  une renonciation tacite réciproque à l’action en diffamation. Le candidat Y peut répliquer ou se taire. C’est à peu près le même principe que dans un combat de boxe : aucun boxeur ne peut porter plainte devant un  tribunal pour avoir été tabassé dans un ring, durant un match de boxe; si l’un des deux meurt à la suite d’un combat, il n’y a aucune poursuite possible, et l’on attribue cette mortalité à un accident, à une fatalité.
La leçon à tirer d’une campagne électorale est la suivante: le candidat potentiel qui est trop sensible pour sa réputation ou n’aimerait pas s’entendre dire certaines choses vraies ou fausses est prié de s’en abstenir.

Certes, la notion de Resposabilité  Civile n’a plus le lustre qu’elle avait à l’époque de  Savatier (1939), et cela s’explique: les lois sont toujours en retard sur les mœurs et coutumes qui leur ont donné naissance et qu’elles sont appelées à régir. À plus forte raison s’il s’agit de sociétés industrielles; car chez ces dernières, les mœurs et les coutumes changent beaucoup plus vite que dans nos sociétés en voie de développement.

De nos jours, on a vu la sphère d’application de la Responsabilité se rétrécir en raison de certaines lois spéciales: a) dans le cas des accidents d’autos, le fardeau de la preuve  renversée (c’est au défendeur à prouver qu’il n’est pas coupable) est déjà désuet et remplacé par l’assurance-responsabilité sans égard à la faute (le No Fault); b) l’assurance-chirurgie qui protège les chirurgiens contre des erreurs possibles… Mais elle reste et demeure encore l’instrument par excellence pour trancher les conflits sociaux et assurer la bonne marche de nos sociétés.
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NDCDP.- Le lecteur intéressé à l'auteur René Savatier et à son oeuvre pourra consulter les articles accessibles par les liens suivants:

mercredi 2 novembre 2011

Jérémie (Haïti)

Amies et amis internautes,

Voici un vidéo sur la ville de Jérémie, Haïti.

L'architecte Juliette Nicolas vous fera découvrir son accueillant petit hôtel, Auberge Inn, à Jérémie. Elle vous présentera également d'autres petits projets qui lui tiennent à coeur.

Monsieur Maurice Léonce vous fera visiter l'église Saint-Louis et d'autres coins de la ville de Jérémie. 

Jérémie, Haïti, Joel Trimble, telelouange, 28 min 31 sec

lundi 31 octobre 2011

Abricots (Haïti)

Amies et amis internautes,

Voici un vidéo sur le village des Abricots près de Jérémie, Haïti.

J'ai eu l'agréable surprise d'y voir l'architecte Juliette Nicolas qui fait du bon travail dans cette région reculée du pays où elle a un petit hôtel: Auberge Inn.

Pour sa part, le Professeur Jean-Claude Fignolé continue à servir en tant que Maire des Abricots: il démontre toujours beaucoup de dynamisme.

Abricots, Haïti, Joel Trimble, telelouange, 28 min 30 sec

dimanche 30 octobre 2011

Retour au pays natal d'Anthony Phelps

Par Bonel Auguste
Source: lenouvelliste.com, 29 octobre 2011

Anthony Phelps, né en Haïti en 1928, est l'un des poètes haïtiens les plus importants. Son oeuvre, poésie, roman, nouvelles est connue tant en Haïti qu'à l'étranger. Phelps a reçu deux fois le prestigieux prix Casa de las Americas pour sa poésie. Honoré dans de nombreux pays, ses livres sont traduits en une dizaine de langues et étudiés dans plusieurs universités. Phelps revient au pays natal pour présenter certains de ses livres récents : Le mannequin enchanté (nouvelles) Une plage intemporelle, Femme Amérique, Une phrase lente de violoncelle (poésie)... Il les signera à la librairie La pléiade de Pétion-Ville le samedi 29 octobre à partir de 10 heures a.m. Bonel Auguste l'a rencontré, accompagné de sa femme, Hélène, une Québécoise qui connait bien son oeuvre, son parcours littéraire (du début à aujourd'hui). Elle a participé à l'interview en complétant des réponses du poète, romancier, diseur.


Haïti: Le Nouvelliste (LN) : Anthony Phelps vous êtes l'un de ceux à avoir initié l'un des mouvements littéraires les plus importants en Haïti, Haïti-littéraire. Quelle est l'essence du mouvement ?

Anthony Phelps (AP) : Cela a commencé par une rencontre entre mon père et un ami qui lui a apporté un recueil de René Philoctète, Saison des hommes. Mon père lui a dit, j'ai un fils qui est poète; on pourrait les mettre en contact. Et René est venu me voir à Pétion-Ville avec son recueil. Il y avait des poèmes dans le livre de René qui recoupaient ce que j'étais en train de faire. On a échangé quelques poèmes. Et il m'a dit, le 18 novembre c'est mon anniversaire que nous allons fêter à La galerie Brochette à Carrefour. Est-ce que ca t'intéresse de participer à cette soirée ? Je devais rencontrer d'autres membres, parce que Philoctète appartenait au groupe Samba : Legagneur, Morisseau, Davertige. Il y avait deux ou trois autres. Ils se mettaient à me poser des questions pour savoir quelle était ma position en poésie. Il semble que j'avais bien répondu; ils m'ont tout de suite accepté dans le groupe Samba. J'ai été agréablement surpris; tous les samedis à midi, il y avait lecture de poèmes. Je participais moi aussi, j'avais toujours des petits poèmes en poche. Parallèlement à cette rencontre, je montais avec deux beaux-frères Radio Cacique. On voulait faire une radio éducative. Cette station allait servir de lieu de rencontre de nous six, Anthony Phelps, René Philoctète, Serge Legagneur, Roland Morisseau, Davertige, et Auguste Ténor. Celui-ci s'intéressait plutôt à la politique. Il était militant syndical. Il a séjourné deux fois au Fort Dimanche, la deuxième lui a été mortelle.

En formant Haïti-littéraire, on voulait se démarquer en poésie de ce qu'avaient fait nos ainés, et de la négritude. Pour nous, la négritude ne pouvait pas être haïtienne, parce que nous avions déjà franchi cette étape. Nous avons rejeté cette idéologie, Duvalier a transformé la négritude en idéologie raciste, anti-mulâtre et anti tout ce qui était contre lui. On a dû négocier, on ne pourrait pas écrire un poème et dire des choses qui pourraient choquer le gouvernement. Cela nous a appris à maîtriser notre écriture, à apprendre le plus de mots. Plus tu connais de mots, plus tu peux écrire des choses intéressantes. Ça a continué. Puis j'ai été arrêté. J'ai passé trois semaines au bureau de la police. J'ai continué à Radio Cacique à diffuser tous les dimanches des poèmes engagés. J'avais les deux oreilles fixées sur la rue. Je me demandais s'ils n'allaient pas revenir. Ma mère m'a dit, Anthony, tu quittes le pays.

LN : Le mouvement Haïti-littéraire n'a pas été théorisé, il n'a pas eu de crédo non plus. Comment vous travailliez? Comment était l'ambiance ?

AP : Serge Legagneur, surnommé le poète mécanicien (il était mécanicien) avait une voiture qu'on appelait Pégase qui nous transportait. On allait à La galerie Brochette, on s'amusait, on buvait, fumait. On se réunissait pour se lire, on se critiquait durement. Quand enfin l'un de nous trouvait qu'un poème était bon, il fallait expliquer pourquoi. Tu ne pouvais rien dire, tu patinais, tu pataugeais. On s'engueulait parfois. Mais il n'y a jamais eu de frustration ou de rancoeur. L'autre jour encore, je disais à Serge Legagneur, le meilleur poète d'Haïti-littéraire, c'est toi. Il m'a répondu, le meilleur poète d'Haïti-littéraire, c'est Haïti-littéraire. Quand Davertige a reçu un coup de chapeau de Alain Bosquet, c'est comme si c'était tout le groupe qui l'avait reçu.

LN: Vous êtes le premier du groupe à avoir connu l'exil. Comment l'avez vécu, je suppose dans la douleur ?

AP: Je suis parti d'abord; les autres ont suivi comme tout le monde. Des intellectuels, des peintres, des écrivains, ils ont fui la dictature.

LN: Je revois encore la célèbre photo avant votre départ où tout le groupe est réuni, vous portiez une cravate, Phelps.

AP: C'est une photo faite par mon beau-frère, Jean-Claude Carrier qui faisait de la photographie avec moi. Il n'y avait pas que nous cinq. Il y avait aussi d'autres membres que nous appelions des satellites comme Emile Olivier, Marie Chauvet, Janine Tavernier, Jacqueline Baugé.

LN: Vous avez choisi le Québec comme terre d'accueil?

AP: Je connaissais déjà le Québec, mais c'est aux États-Unis que j'étais allé. J'avais eu un visa grâce à mon frère médecin qui travaillait à Philadelphie. Lors de mon premier voyage au Québec, j'avais fait la connaissance d'écrivains dont Yves Tério et sa femme. Quand ils ont su que j'étais à Philadelphie, ils sont venus me chercher. Ils m'ont dit: tu vas pas écrire en français aux Etats-Unis. Ils m'ont ramené à Montréal. Quelque temps après, nous avons refait Haïti-littéraire à Montréal. Legagneur était là, Morisseau était là, j'étais là, Gérard Etienne y prenait part aussi. Nous avons eu la chance de trouver un Haïtien qui avait un restaurant que fréquentait la bohème québécoise. Il nous a offert l'espace le lundi comme il n'y avait pas de musique. Nous nous réunissions pour dire des poèmes et nous avons aussi invité des poètes québécois.

LN: Je suppose que vous avez vécu l'exil dans la douleur comme la plupart des gens.
AP: Comme tout le monde en pestant, en croyant que Duvalier serait renversé dans 6 mois, dans 1 an par l'armée ou par une invasion. Ma mère est morte en 73, je n'ai pas pu rentrer; j'ai été interdit de séjour en Haïti. Mais en 80, il y a eu un commencement de dégèl dans le gouvernement de Duvalier grâce à l'arrestation de Jean Dominique et d'autres gens. Et J'ai pu rentrer. Mon frère Pierre qui était ici, je lui ai dit, pose des questions au ministère de l'Intérieur. Il est allé voir le ministre qui lui a demandé si Anthony avait 50 ans. Mon frère lui a répondu oui. Et il a dit que je pouvais rentrer, car après 50 ans, il n'y a plus de révolutionnaire. Mais j'avais peur, je ne sortais pas. Je restais sur la galerie de la maison à Pétion-Ville.

LN: Vous vous êtes bien intégré à Montréal, vous avez travaillé à la radio...

AP: Non, j'ai travaillé à la télévision à Radio-Canada, Radio-Canada c'est aussi la télé. J'y ai travaillé pendant 20 ans comme journaliste. Après, j'ai passé 8 ans au Mexique, ensuite je suis revenu en Haïti pour travailler avec Jean-Claude Bajeux au ministère de la Culture et aussi avec le cinéaste Raoul Peck. J'ai monté des spectacles avec Syto Cavé, entre autres, 60 ans d'histoire qui a fait un boom.

LN: En Haïti, vous avez publié trois livres, Eté, Présence, Eclats de silence, dans lesquels, on remarque une quête de fraternité, un grand besoin d'amour, un désir de profonde intimité avec l'être aimé...

AP: Oui, oui, c'est parce qu'il n'y avait pas encore la souffrance de l'exil.

LN: Effectivement, on voit la différence entre les livres publiés en Haïti et ceux publiés en exil comme Points cardinaux, La bélière caraïbe, Orchidée nègre, Mon pays que voici qui évoquent la blessure de l'histoire, la mémoire douloureuse, la souffrance aiguë.

AP: Mon pays que voici, il y a une grande partie qui a été écrite en Haïti. Je suis parti au Québec avec un enregistrement de Mon pays que voici. En arrivant à Montréal, je l'ai fait écouter à deux ou trois camarades qui m'ont dit, Anthony, il faut mettre sur disque. Le livre est sorti après le disque.

LN: Ce disque vous a fait connaître à un large public en Haïti et ailleurs.

AP: Oui, un peu partout. Le romancier poète martinais, Ernest Pépin m'a dit, il y a deux ou trois ans, qu'il y a trois objets qu'on retrouvait dans la chambre des étudiants martiniquais, guadeloupéens et autres qui étudiaient en France, c'étaient une photo, celle de Che Guevara, un livre, Cahier d'un retour au pays natal, un disque, Mon pays que voici. Les Haïtiens qui étaient de passage à Montréal prenaient soin d'acheter le disque, mais ils achetaient aussi un disque de musique cubaine. Ils laissaient la pochette de Mon pays que voici pour mettre le disque dans la pochette du disque de la musique de danse cubaine pour pouvoir passer tranquillement à l'aéroport.

LN: Votre écriture poétique est très travaillée, elle est exigeante et on y trouve parfois des mots rares. Philoctète aurait dit un jour que vous écrivez comme un chirurgien.

AP: Le goût du travail sur la langue, je l'ai hérité de la famille. Mon père était commerçant, mais il écrivait des petits billets pour Le Nouvelliste et Haïti-journal. Je lisais, il y avait la bibliothèque familiale. L'un de mes oncles qui s'appelait Carl Wolff que je n'ai pas tellement connu, a écrit un livre intitulé Carolus que j'aimerais faire rééditer. Ce sont des fables comme celles de La Fontaine. Lui, il a utilisé des animaux d'ici. Les fables se terminent par un dicton en créole. Il y avait Jules Faine qui a avait épousé la soeur de ma mère. C'est lui qui avait écrit le premier livre sur la langue créole.

LN: Vous, vous n'avez jamais essayé d'écrire en créole ?

AP: Non jamais. Le français est une langue difficile. Me mettre sur les épaules d'une autre langue, le créole, non... je ne sais pas comment il fait Castera. Lui, il écrit un créole impeccable.

LN: Vous ne pouvez pas dire non plus en créole

AP: C'est difficile, mais j'ai dit un texte en créole, L'homme qui plantait des arbres de Giono traduit par Castera.

LN: A partir des années 70, vous vous êtes mis au roman tout en continuant avec la poésie. Dans les deux premiers, Moins l'infini et Mémoire en colin-maillard, Vous évoquez avec réalisme la dictature des Duvalier. Vous la dénoncez même, mais dans une sorte de mélange de réalisme et d'onirisme, surtout dans Mémoire en colin-maillard.

AP: J'ai écrit des romans pour évacuer la dictature, ses crimes, ses horreurs. Pour moi c'est une sorte de catharsis.

LN: La poésie le ferait mieux, non ?

AP: Non, la poésie a un côté mystérieux, qui ne dit pas tout à fait. Le roman te permet de dire et même de dénoncer. Le dernier roman que j'ai écrit et qui n'est pas encore arrivé ici, c'est un roman sur le retour impossible qui s'appelle La contrainte de l'inachevé, il est bien reçu par la critique et l'objet d'une thèse. Je viens de terminer une sorte de collage de nouvelles qui va former un roman. Il me faut trouver des recettes de plats haïtiens.

Vous savez, de tous les arts, la poésie est la seule qui ait été créée par l'homme. On trouve la musique dans la nature, la peinture, la sculpture, le chant, tout... Mais la poésie n'existe pas dans la nature. C'est une création humaine. La poésie ne rapporte rien, le roman rapporte de l'argent et les disques aussi, car les gens préfèrent écouter la poésie que la lire.

LN: Quand et comment écrivez-vous ?

AP: J'écris la nuit. Pour la poésie, j'ai un fichier que j'appelle Réserve poésie. Et je remplis ce fichier de temps à autre. Parfois, c'est deux lignes, trois lignes. D'autres fois c'est tout un paragraphe d'images qui n'ont rien à voir entre elles. Au bout de trois ou quatre semaines, je n'ai plus rien en cours, je vais au fichier pour voir ce que j'ai et comment je peux éventuellement les organiser. La poésie, je l'écris avec plaisir; le roman, je l'écris dans la douleur. Parfois j'ai envie d'assener le texte d'un coup de marteau pour le terminer. C'est plus physique. Il y a les personnages auxquels, il faut donner de la profondeur. Parfois, ils n'en font qu'à leur tête et suivent leur propre voie.

LN: Vous êtes aussi un diseur important, où avez-vous appris à dire ?

AP: J'ai appris seul en écoutant les autres, des diseurs comme Jean Villard.

‎100 LEÇONS POUR ECRIRE UN ROMAN (suite 4)

Par Michel Bertrand
Romancier


Facebook, 19 octobre 2011
21e leçon

Le manuscrit

Les temps ont changé. Bien sûr, rien n'est comme avant. La Technologie, quel que soit le domaine, continue de bouleverser l'ordre des choses. L'Ecriture et les moyens d'écrire évoluent également. J'appartiens à une génération où le manuscrit se définit comme tout texte ou ouvrage écrit à la main. Et que dire alors d'un texte dactylographié ? Pas de panique, bien que ce soit opposé à manu scriptus, on continue encore, tant bien que mal, d'utiliser le mot manuscrit pourvu que ce soit le texte destiné à la composition, c'est-à-dire celui qui sert d'original et qu'on va remettre à l'imprimerie. Mais, attention, depuis déjà des années, le latin n'est pas d'accord qu'on qualifie de manuscrit un texte dactylographié et veut alors imposer le mot tapuscrit. Ici, tout nouveau ne semble pas être tout beau, mais on le dit, on l'accepte.
Plus de panique, manuscrit et tapuscrit cohabitent aujourd'hui sans aucun problème pour désigner l'original d'un même texte. Vive le livre!

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Facebook, 21 octobre 2011

‎22e leçon

Que fait-on d'un personnage dont le rôle est terminé?
 
En rédigeant son livre, le romancier débutant se voit dans l'obligation de créer des personnages qui vont jouer des rôles importants ou moins importants. Le livre s'écrit, se construit, les missions s'accomplissent, l'histoire se précise, le lecteur ou la lectrice en sent venir la fin. Voilà une phase importante dans le déroule...ment d'une histoire.Suivant la trame, il faut mettre un peu d'ordre, résoudre certains problèmes, préparer la fin. C'est souvent l'instant où certains personnages deviennent oisifs, inutiles après avoir bien joué leurs rôles, peut-être excellemment. En d'autres termes, ils deviennent encombrants, nuisibles. Et la question est : Que faire d'eux? Certains romanciers les éliminent par un moyen ou par un autre, le plus souvent par la mort. D'autres leur réservent un sort moins pénible. J'avoue que dans mes romans, il y a souvent des dangers qui conduisent à la mort. Dans, par exemple, mon roman J'ACCUSE MA DESTINEE..., la mort d'un personnage a fait pleurer beaucoup de jeunes lectrices. Moi, j'avais dû observer une journée de recueillement vu le rôle qu'il a joué et réussi. Dès qu’arrivait sa mort, je cessais d'écrire. Et puis, une fois créé, le personnage maintient avec l'auteur un lien affectif direct et très profond. Danielle Steel a raconté dans une interview qu'elle a pleuré à la mort d'un personnage.
C'est paradoxal de constater que le triste sort de ces personnages est généralement un fait dont lecteurs et lectrices se souviennent souvent. En résumé, il n'y a pas d'auteurs méchants, ce sont les histoires qui naissent méchantes.


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Facebook, 23 octobre 2011

23e leçon

Temps morts dans un roman
 
Les bons romans se laissent lire avec facilité et tiennent le lecteur ou la lectrice en haleine. Assez souvent, l'on entend dire: ce roman, je l'ai dévoré ou l'ai savouré jusqu'à la dernière ligne. C'est croire que le livre ne permet pas de le déposer un instant. On le lit d'un trait. A travers toute l'histoire il y a une grande cohérence entre ce qui était, ce qui est et ce qui sera. Bref, un livre bien écrit, une histoire bien racontée et des lecteurs satisfaits.
Tous les livres ne sont pas mêmes. Il y en a qui sont bons, moins bons et carrément mauvais. L'un des défauts d'un roman populaire, ce sont les temps morts... On est en train de lire un livre avec passion et puis, brusquement, on n'a pas envie de continuer. On veut le fermer ou sauter cette partie qui donne l'impression que l'auteur divague, raconte des détails inappropriés, étrangers au sujet, donnant ainsi l'impression qu'il utilise le remplissage pour rendre son bouquin plus volumineux. Les temps morts se manifestent aussi au niveau du style. L'auteur, pendant plusieurs pages, présente un style qui laisse à désirer; des phrases mal construites, sans clarté, sans précision, pleines de confuson contrairement aux chapitres précédents bien pensés. Et puis, brusquement, l'auteur se reprend. Finit le temps mort. Revient le suspense. Revient la cohérence. Revient le style fascinant. L'histoire reprend sa force.
A quoi sont dus les temps morts dans un roman ? Généralement, c'est la fatigue. L'auteur a trop écrit. Il a sommeil. Son esprit a rendu tout son jus et pourtant il veut terminer un chapitre et même commencer un autre. Un temps mort peut être aussi dû à un manque d'attention, d'inspiration, de silence autour de l'auteur.
L'écrivain a besoin de solitude et de calme. Le bruit le trouble. Bref, on écrit quand on peut, quand les conditions d'écrire sont réunies.

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Facebook, 23 octobre 2011

24e leçon

La ponctuation n'est pas facile

Ponctuer se définit comme une façon de marquer un texte par des signes de ponctuation. Et les signes de ponctuation très usuels sont la virgule, le point, le point/virgule, le point d'interrogation. Les autres existent, mais ils ont généralement une faible présence dans la rédaction d'un roman ou de tout autre texte. Aucun romancier, expérimenté ou débutant, ne pourrait ignorer totalement l'importance de la ponctuation. La liberté de ne pas ponctuer un texte se manifeste souvent dans le cadre d'un poème où le travail de ponctuation est confié au diseur ou encore au lecteur ou à la lectrice. Cette liberté, jusqu'à présent, est considérée comme une innovation pour ne pas dire une audace. Une liberté, je l'avoue, qui m'a personnellement influencé vu que je n'ai pas l'habitude de ponctuer mes poèmes. Réf: Près d'une vingtaine de poèmes dans mon roman QUI DE NOUS DEUX A TORT? ne sont nulle part ponctués.
Dans un roman, la meilleure façon pour éviter les difficultés liées à la ponctuation, c'est de formuler des phrases courtes. Une phrase courte veut dire : sujet, verbe, complément Exemple: Michel G Bertrand écrit son 8e roman. En fait, plus la phrase est longue, plus elle est sujette à subir les exigences de la ponctuation. Exigences pas souvent faciles. Ce qui est plus grave, une simple virgule mal placée peut changer complètement le sens d'une phrase. Alors, à bon entendeur salut!
 
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Facebook, 29 octobre 2011

25e leçon

Une plume, des feuilles de papier ou un ordinateur...

L'histoire que tu vas raconter ne commence pas aujourd'hui. Ton livre commence à exister dès l'idée de l'écrire, de réfléchir sur le sujet, de penser aux personnages, d'en parler à des amis. L'activité créatrice remonte à cette période-là, à ces moments de tâtonnement, d'interrogation, de recherches, de doute ou de confiance en soi. Moi, depuis 2005, je publie un roman chaque année et je peux avouer que la rédaction de chaque nouveau roman commence toujours trois mois après celui qui le précède. En d'autres termes, je prends toujours trois mois de réflexions créatrices...
Un matin, à midi, un soir ou même à minuit, tu tiens ta plume ou allume ton ordinateur, regardes la feuille ou l'écran, réfléchis et attends la première phrase... qui va te jeter à l'eau, pas pour t'y noyer, mais pour écrire d'autres phrases, en former des paragraphes et peut-être le premier chapitre de ton roman.
Certains auteurs expérimentés corrigent les fautes en écrivant; d'autres écrivent, vomissent, comme on dit, les idées et corrigent après. Ne t'inquiète pas, tout n'est qu'une question de méthode et chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Par exemple, tu corriges en écrivant, cela retarde les idées, handicape l'inspiration. Tu corriges après avoir terminé le chapitre, ton livre peut être publié avec des fautes qui n'ont pas été corrigées dès l'instant où tu les avais remarquées.
Après le premier chapitre qui peut être court ou long, ( 2 ou 5 pages écrites ou plus), tu réfléchis pour voir si tout ce que tu as écrit a rapport avec l'histoire qui bouillonne dans ta tête. Si non, tu fais des ajustements, tu mets de la précision, de l'ordre, de la clarté avant de passer au second chapitre. Conseil important : Chaque fois que tu vas commencer un nouveau chapitre, prends le soin de relire le chapitre précédent.
Ecrire, c'est un plaisir.
 

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Facebook, 29 octobre 2011

26e leçon

Une histoire cohérente
 
En prenant l'habitude de relire le chapitre précédent, cela permet de voir clairement où l'on était arrivé et où l'on va à travers le nouveau chapitre qu'on va rédiger. N'oublie pas que ce qui fait avancer une histoire et qui permet de bien la saisir et d'en pénétrer tout l'ensemble, c'est la cohérence entre ce qui est déjà dit et ce qui sera dit. La cohérence, pour être plus clair, c'est donc ce lien qui attache les chapitres les uns avec les autres jusqu'à la fin de l'histoire. Un problème soulevé, une question posée, une situation difficile que confronte un personnage, une idée maîtresse qu'on développe, un projet en perspective, tout cela ne doit pas rester en suspens, il faut y donner suite pour faire avancer, de manière cohérente, l'histoire qu'on raconte.
Le romancier débutant, qui n'a pas suffisamment d'imagination pour créer, inventer, doit développer son sens d'observation, aller chercher son inspiration dans la vie réelle, c'est- à-dire voir les choses telles qu'elles sont. Toutefois, en tant que romancier, il y apportera sa part de fiction, plus précisément transformera la réalité en roman.

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Facebook, 29 octobre 2011

27e leçon

Précautions à prendre

J'imagine que tu as bien commencé ton roman, que les personnages ont des traits de caractère bien travaillés, les distinguant les uns des autres et qu'ils commencent à bien jouer leurs rôles. J'imagine aussi que l'histoire que tu racontes est intéressante grâce à sa cohérence, à un style clair et précis, au suspense qui l'anime de page en page ou du moins de chapitre en chapitre. Enfin, j'imagine que tu prends un réel plaisir à jouer ton rôle de narrateur au point que tu as une grande confiance en toi et veux aller jusqu'au bout de ton rêve. Pour rédiger ton histoire, tu utilises probablement des cahiers ou un ordinateur, c'est bien. Et puis, un beau jour, les cahiers sont perdus ou l'ordinateur est victime d'un virus qui anéantit tout. C'est le désarroi total, c'est le découragement. Les chapitres écrits n'existent plus. Le livre a disparu avant sa fin. Il faut recommencer ou abandonner le projet. Quelle catastrophe pour un romancier débutant ! Alors, pour pouvoir faire face à cette éventuelle situation, il est recommandé de :
1-- Photocopier au fur et à mesure toutes les pages écrites de tes cahiers et les placer en lieu sûr;

2-- Si tu utilises un ordinateur, après chaque séance de travail, transfère toutes les pages écrites sur USB.
Dans la vie, dit-on, on n'est jamais trop prudent.

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Liens vers les leçons précédentes:

2) Michel Bertand-leçons 9 à 11




jeudi 20 octobre 2011

Le Droit pour Monsieur et Madame Tout le Monde - No. 4

  
Monsieur-Tout-Le-Monde et la profession d’avocat
Par Guy Lamothe

De tout temps, Monsieur-Tout-Le-Monde»  s’est toujours cru avocat, surtout s’il s’agit de sa propre cause, et ce, sans avoir fait des études en Droit, sans avoir été reçu par le Barreau et sans avoir plaidé devant les Tribunaux.  Or, ce même «Monsieur-Tout-Le-Monde», quand il a un problème de santé ou de déversements d’eau, a recours, selon le cas soit à un médecin soit à un plombier. Comment expliquer ce comportement ? C’est ce que nous nous proposons d’examiner.

La notion de Droit, avant la lettre, a débuté, à partir du moment où les hommes ont commencé à vivre en société. Le pourquoi ? Eh, bien,   quand les hommes vivent en société, il est inéluctable que des conflits naissent. Donc, pour les résoudre, on a recours, à quelques bribes de justice. Donc, «l’homme» étant  le centre de ces conflits se trouvait dans la nécessité de se défendre lui-même. Qui ne se souvient pas du récit biblique du Jugement de Salomon, véritable monument juridique qui a traversé des siècles jusqu’à nous et nous émeut encore tous? Qui ne se souvient pas de la Loi du Talion ? Du Droit Romain dont les chapitres sur le mariage, la famille, l’adoption… ont inspiré notre Droit Civil moderne. Donc, depuis la nuit des temps, l’homme a donc appris à se défendre lui-même, et l’homme moderne en a hérité ; ce besoin de se défendre est considéré comme un droit naturel.
Le Droit est basé en grande partie sur la raison. «Monsieur-Tout-Le-Monde» est persuadé que sa cause étant juste, il la gagnera. Ce n’est pas nécessairement vrai. Car, devant un tribunal, il ne suffit pas d’avoir raison ; mais il faut savoir avoir raison . On peut avoir raison et perdre sa cause ; car «savoir avoir raison» est un art ou mieux, une science, et c’est le Code de Procédure Civile (ensemble de règles régissant la marche des procès devant les Tribunaux) qui la détermine, qui la possède.

          
Nous avons encore fraîche à l’esprit une audience civile où un Docteur en Droit Civil, (l’un des doctorats les plus difficiles à obtenir, aux dires des connaisseurs)  affrontait un avocat ordinaire, qui a vingt ans de pratique devant les Tribunaux, par conséquent expérimenté en Procédure. Le Docteur était demandeur et plaidait une affaire personnelle de succession. Le procureur du défendeur a fait voir de toutes les couleurs au Docteur en Droit, en soulevant des exceptions, puis des points de droit pertinents en procédure. Visiblement, on voyait qu’il se moquait de ce Docteur en Droit. Ce dernier s’est senti tellement indigné, en plaidant, qu’il fit une poussée subite de tension et tomba sur son siège. Le juge dut suspendre l’audience et la renvoyer à une date ultérieure pour la suite des plaidoiries : formalité obligatoire. Mais d’après l’allure des débats, tout portait à croire que le Docteur en droit allait perdre son procès, à plus forte raison s’il était question de «Monsieur-Tout-Le-Monde».
Par contre, lorsque ce dernier  se résout à prendre  un avocat, il veut que ce dernier fasse des miracles. «Je te paie, dit-il, vas-y ! Fonce !». Il le pousse à l’extrême. Souvent l’avocat craint plus que «Monsieur-Tout-Le-Monde»  les conséquences graves et les dangers d’un tel procès ; il sait qu’une affaire peut commencer petite comme un œuf et se terminer grosse comme un bœuf.
Parfois, et même plus souvent que parfois, un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Le procès relatif à la succession  d’Arturo Gatti, qui englobe trois pays : le Brésil, les États-Unis et le Canada (Montréal) en est la preuve par neuf. La juge, qui entend l’affaire à Montréal, a dernièrement demandé aux parties en litige de s’entendre, vu que les 2/3 du montant de la succession, soit environ cinq des huit millions de dollars sont déjà fondus, en raison des frais judiciaires, d’avocats et autres. Obnubilées par leur haine, leur orgueil et le mirage des huit millions de dollars, elles sont restées sur leur position respective. Finiront-elles par entendre et écouter, avant qu’il ne soit trop tard, ce signal d’alarme, ce cri du cœur lancé par la Juge ?
Aucune loi n’interdit à «Monsieur-Tout-Le-Monde» d’attaquer ou de se défendre seul, en Justice, mais il le fait à ses risques et périls. C’est pour lui venir en aide que le Législateur, par la loi-cadre sur la Déjudiciarisation a créé certains Tribunaux : Petites Créances, Tribunal pour les  jeunes contrevenants, La Régie des Loyers, Loi des Dépôts Volontaires(très nécessaire ces jours-ci, en raison des difficultés financières que nous connaissons) qui utilisent un vocabulaire non-juridique, des termes simples et à la portée de tous.  

mercredi 19 octobre 2011

mardi 18 octobre 2011

‎100 LEÇONS POUR ECRIRE UN ROMAN (suite 3)

Par Michel Bertrand
Romancier


15eme leçon
Facebook, 11 octobre 2011
L'écrivain débutant a-t-il besoin d'un modèle?

Le plus souvent, on ne pense à écrire un roman qu'après en avoir lu une multitude. Certains romans lus ne sont pas lus pour rien; on en tire leçon. Ils peuvent marquer les lecteurs par la force d'un style fascinant à un moment où il est question de faire preuve de clarté, de précision et de concision dans une oeuvre romanesque. Et ce n'est pas pour rien que certains lecteurs et certaines lectrices prennent plaisir à acheter tous les romans de tel ou tel auteur. L'écrivain débutant a toujours une raison, consciente ou inconsciente, d'adorer, d'adopter un auteur. C'est là évidemment que commence son influence sur lui jusqu'à l'identifier ou le considérer comme modèle ou guide. Et, plus grave encore, le débutant peut vouloir l'imiter, lui ressembler. Je me souviens que dans les années 70, j'avais un auteur dont j'étudiais le style et sans pour autant m'intéresser aux histoires qu'il me racontait. Ses techniques d'écriture m'ont longtemps influencé avant de me chercher moi-même...C'est un auteur à suspense et dans tous mes romans, le suspense est fort et permanent. En passant, sachez qu'il y a une ou des techniques du suspense. En tant que romancier, ceux et celles qui veulent me connaître davantage, je les invite à aller sur Google et écrivez: Michel g Bertrand. Ils y liront les articles concernant ma production romanesque, mon style, mes interviews et ma vision en tant qu'écrivain, témoin de mon temps.
 
Bref, c'est normal qu'un écrivain débutant écrive à l'ombre d'un auteur qui l'influence tant par la forme que par la nature des sujets traités en attendant de pouvoir s'imposer par son propre style...
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16eme leçon
Facebook, 12 octobre 2011
Le suspense

Contrairement à un roman à thèse, la force du roman populaire est dans le suspense qui nous tient en haleine en le lisant. Le suspense, c'est le moment où l'action nous met dans une attente qui nous fait souvent demander: qu'est-ce qui va se passer, se produire ? Pour que le lecteur ou la lectrice pénètre bien l'action et la saisisse à travers tout son processus, le romancier, généralement, utilise un langage familier, cool et clair, langage de nature à rendre l'histoire compréhensible, donc accessible. Ainsi écrit, le livre est facile à lire, mais un style ronflant pourrait bien le compliquer en ne permettant pas de suivre le processus de l'action, comme ça se passe dans les romans à thèse, exigeant eux-mêmes un certain niveau de compréhension et d'assimilation.
 
Le suspense a ses techniques. Par exemple, une question qui finit un chapitre, un problème posé quelque part, une réflexion, un danger en perspective, tout cela peut créer un suspense capable de nous mettre dans l'attente d'une réponse, d'une solution. Et c'est ce suspense qui nous accrochera à l'histoire jusqu'à nous porter à lire le livre de la première à la dernière page...La lecture est un plaisir, elle ne doit pas torturer l'esprit.
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17eme leçon
Facebook, 13 octobre 2011
Les intrigues

Le roman, en tant qu'oeuvre de fiction, doit créer chez le lecteur ou la lectrice un vif intérêt, une vive curiosité. On ne lit pas un roman par compassion ou par pitié pour l'auteur, mais, bien sûr, pour la façon dont les faits et les actions s'enchaînent pour former ce qu'on appelle sa TRAME.

La trame d'un roman regroupe tous les événements marquants, toutes les actions qui, pendant ou après lecture, nous marquent par l'impression qu'elles produisent. Un roman, dont les intrigues sont bien menées, laisse des souvenirs souvent inoubliables. C'est un livre qui peut pendant longtemps occuper la mémoire du lecteur et celle du temps. Alors, pas de roman sans histoire et pas d'histoire sans trame.
Bref, autant que les intrigues d'un roman sont arrivées à rendre le lecteur curieux, attentif et enthousiasmé, c'est autant qu'un bon destin lui est réservé.
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18eme leçon
Facebook, 14 octobre 2011

L'inspiration

L'écrivain débutant peut avoir une ou plusieurs raisons de compter sur l'inspiration comme impulsion créatrice. Débutant, il voit que l'inspiration est éventuellement une aide, un support, une amie souvent capricieuse, mais quand même une bonne amie souvent à l'origine de grandes oeuvres qui ont marqué l'Humanité, traversé beaucoup de temps et même des siècle...s. Inspiré, l'écrivain débutant se jette à l'eau un matin ou en pleine nuit...
 
L'Ecriture est vaste de par les variétés de sujets qu'elle met à notre disposition. Chez le débutant, l'amour, la nature, la souffrance humaine, la misère, l'injustice, la politique, autrefois le patriotisme et la Patrie, tout cela peut facilement l'inspirer à produire ses premiers textes. Beaucoup d'écrivains célèbres se souviennent encore de leurs premiers acrostiches, de leurs poèmes d'amour, de leurs écrits face à la nature, de leurs cris contre l'injustice, etc. A remarquer que ce sont des thèmes également traités par les romanciers expérimentés.
 
L'inspiration a-t-elle une heure fixe pour se manifester? Personne ne sait, mais ce qui est certain, il faut en profiter quand elle est là, qu'il soit matin, midi ou soir.

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19eme leçon
Facebook, 16 octobre 2011

Ecrit-on pour gagner de l'argent ?

En écrivant son premier roman, le romancier débutant ne voit pas l'argent comme finalité. Il pense plutôt à sa fierté d'avoir pu produire une oeuvre qu'on lit, commente, apprécie; une oeuvre qui pourra attirer l'attention des presses écrite, parlée et télévisée. Une dont on parle. Il pense plutôt aux éloges, aux félicitations, à un statut prestigieux dont il sera l'objet si son livre est bon. Je me souviens de mon premier texte écrit en pleine adolescence, publié dans les coulonnes du Quotidien Le Nouvelliste. A l'époque, mes amis Dr Pierre Montès et Dr Nicolas L. Pauyo, adolescents déjà intellectuels, prenaient un réel plaisir à partager avec moi ma joie, mon bonheur d'enregistrer ma première publication. L'argent, je n'y pensais pas. Je m'attendais aux félicitations telles que: j'ai lu ton texte, compliments; tu as une bonne plume, il faut continuer. L'argent, je n'y pensais pas.
 
Etre romancier, c'est un métier. Le romancier qui écrit vraiment bien devrait pouvoir vivre de sa plume. Mais attention, ça dépend dans quel pays il écrit, surtout si ses livres n'atteignent pas encore une portée internationale. Par exemple, aux Etats-Unis d'Amérique, c'est possible. En Europe, c'est possible. Au Canada, c'est possible. Tel n'est pas le cas dans les pays moins avancés, alias sous-développés. La faiblesse du pouvoir d'achat des lecteurs et des lectrices enlève au romancier débutant l'espoir qu'il pourra certainement vivre de sa plume. C'est ça, la réalité. Mais, faut-il cesser d'écrire? Non! Il faut continuer pourvu qu'on ait la possibilité de publier. Il y a quand même le plaisir d'écrire. Et puis, l'argent, pour le romancier comme pour tout autre métier, ne fait pas le bonheur.
 

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20eme leçon
Facebook, 18 octobre 2011

Phrases d'auteur

Un roman, c'est une combinaison de mots qui deviendront phrases, de phrases qui deviendront paragraphes, de paragraphes qui se feront chapitres et le tout reste uni et harmonieux pour présenter une histoire qui se veut d'être lue, comprise, fascinante et inoubliable.Les phrases d'auteur, elles, présentent une certaine particularité : elles sont rares dans un roman. En d'autres termes, tout auteur n'est pas capable de phrases d'auteur et encore moins le romancier débutant. Ces phrases, tombées de la bouche d'un personnage ou de celle d'un auteur narrateur, peuvent être, à la longue, des sujets de dissertation et de réflexion. Beaucoup de lecteurs et de lectrices se souviennent de cette forme de devoir: Comment et discutez cette phrase de X... Les phrases d'auteur sont susceptibles d'éclaicir, d'expliquer la vision d'un auteur ou un aspect de son univers, de sa conception du Monde ou d'autres entités de la vie. Le romancier expérimenté et mûr, en écrivant son livre, laisse échapper une phrase capable de résumer ou d'asseoir une idée prédominante. Le plus souvent, c'est une phrase, une pensée très courte, mais très longue en profondeur. Par exemple, un écrivain français disait: Une vie n'est rien, mais rien ne vaut une vie.
 
Bref, une phrase d'auteur, c'est souvent l'auteur entre parenthèse, émettant, par exemple, une réflexion sur l'Univers et toutes les choses, bonnes ou mauvaises, qui le composent. Le plus souvent, le lecteur ou la lectrice souligne ces phrases, les enregistre quelque part ou même les mémorise...

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