mardi 15 janvier 2008

Propositions pour un débat sur un Plan de 25 ans

Sources:
Le Matin du mardi 15 janvier 2008
Paul G. Magloire, 11 janvier 2008

Par Paul Gustave Magloire
Président/CEO – Prosint, inc.

L’auteur a occupé en 2005 la fonction de ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales sous le gouvernement intérimaire dirigé par Gérard Latortue. Il poursuit ses réflexions sur les questions d’intérêt national dans d’autres domaines d’activités. Le texte qu’il nous a fait parvenir et dont nous publions les points essentiels qu’il a développés aborde trois thèmes principaux :
1. Décentralisation, Modernisation et Gestion Participative
2. Croissance Économique accélérée, Création d’Emplois et Bonne Gouvernance
3. Renforcement du Système Sécuritaire et Retour Progressif à la Souveraineté Nationale

Son principal souci est que le pays se ressaisisse et que ces questions fassent l’objet d’un débat approfondi en vue d’élaborer un plan collectif de développement national sur les prochaines décennies.

Il est grand temps qui vaille de ces prochaines 25 années. Plusieurs grandes lignes du plan que nous proposons sont déjà consignées dans le « Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP) » que le gouvernement se prépare à soumettre à l’appréciation des bailleurs de fonds internationaux. Ce plan nous parait trop timide. Il ne pourra que continuer la croissance de la misère, et est condamné à échouer sur le plan de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui vise à réduire la misère de moitié d’ici 2015. En effet, si nous prenons en compte qu’il existe 4,6 millions de citoyens en âge de travailler, seulement 800 mille d’entre eux ont des revenus qui les placent au dessus du seuil de la pauvreté. Donc, pour résorber de moitié la pauvreté des couches sociales les plus défavorisées, il faudrait un plan de croissance économique capable de créer 300 milles emplois au moins l’an pour les 7 prochaines années. Un tel effort exige une mobilisation nationale … Mais, que propose le DSNCRP en termes d’emplois? Nous préférons … nous concentrer sur la proposition alternative qui suit:

A-Décentralisation, Modernisation et Gestion Participative

1. Procéder au réaménagement territorial et à la redistribution du Budget National en fonction de la déconcentration des rôles au sein de l’appareil d’État ; repartir le pays en 3 pôles principaux de développement s’articulant sur le Grand Nord, le Grand Centre et le Grand Sud ; lancer un grand effort pour résorber les bidonvilles dans les principales villes du pays et établir des normes rigoureuses à suivre sur le plan de l’écologie urbaine; dynamiser le processus de la déconcentration et de la décentralisation en renforçant les capacités et les fonctions des instances locales, tout en modernisant les infrastructures et les services publics tant du point de vue quantitatif que qualitatif ; un programme principal, à ce niveau, serait la création et la mise en fonction d’un Bureau National du Cadastre avec le rôle de recenser et d’enregistrer les titres de propriétés et distinguer l’appartenance des propriétés privées de celles de l’État, dans le but de lancer un programme de construction de trois nouvelles capitales régionales, l’une pour le Grand Nord, une autre pour le Grand Centre et la troisième pour le Grand Sud.

2. L’établissement d’un système de contrôle administratif à trois niveaux, local, régional et central, et la réorganisation et la modernisation de différentes instances du gouvernement central qui devront apprendre à fonctionner harmonieusement avec les structures déconcentrées et décentralisées, et répondre efficacement aux nouvelles exigences de la gestion décentralisée ; et institutionnaliser le financement des partis politiques sur une base proportionnelle, afin qu’ils puissent avoir les moyens de participer à la modernisation de l’appareil d’État.

3. La création et le lancement de toute une série de programmes qui mettent l’accent sur la décentralisation, la modernisation et la gestion participative. Ces programmes porteront des projets dans le cadre d’un effort national engageant tous les segments de la nation sur le territoire et dans la diaspora, en démocratisant le crédit financier et l’éducation à tous les niveaux ; pour éliminer la pauvreté, créer des entreprises et multiplier les emplois et la richesse à travers le pays, afin d’améliorer les chances de réussites des individus aptes des couches sociales les plus défavorisées qui vivent surtout dans l’arrière pays ; un programme devrait fournir des crédits aux jeunes qui ont travaillé dans des programmes d’alphabétisation, de reforestation lancés par les mairies du pays. Ces crédits donneraient accès à l’acquisition de terrain appartenant à l’État, et au financement pour des études techniques et universitaires, ou offrirait une ligne de financement pour l’ouverture d’une petite entreprise. Ces programmes auraient la vertu de redonner confiance à nos jeunes, et à la nation la certitude que nous sommes formés d’un seul peuple qui a renoué avec son idéologie fondatrice, laquelle préconise «l’Union fait la force » ; un peuple digne de son histoire et aspirant à un avenir meilleur, en observant les normes de la société contemporaine.

4. Ce plan s’étendra sur une période de 25 ans, et sera réalisé de concert avec l’apport de tous les secteurs de la société civile sans discrimination, et avec la participation des secteurs organisés, comme les syndicats, les coopératives à tous les niveaux, et les associations de jeunes qui devront se mobiliser pour le travail de la régénération du pays, et avec tous les secteurs politiques qui devront respecter les normes de la pluralité démocratique prévues par la constitution ; discuté avec les pays amis et les partenaires du système de coopération internationale ; sous le Haut patronage du Président de la République, ce Programme de Renaissance Nationale serait lancé.

B-Croissance Économique accélérée, Création d’Emplois et Bonne Gouvernance
1. Grace aux nouvelles responsabilités des instances locales, progressivement le rôle des instances centrales se réduira, mais le gouvernement central doit devenir aussi plus efficace et plus moderne et compter beaucoup sur des encouragements et des garde-fous pour inciter les autorités municipales à développer et protéger les ressources naturelles locales. Graduellement, le développement des municipalités impliquera le recrutement de nouveaux cadres pour la fonction publique décentralisée. Le rôle de l’administration publique ne sera pas, pourtant, de créer de l’emploi, mais plutôt d’offrir des services de qualité aux individus, aux ménages, et aux entreprises. Donc, il y aura lieu de mettre en place des programmes de formation continue pour les cadres de la fonction municipale.

2. Dynamiser les filières de production et de services en éliminant les barrières et en liant les communautés rurales, les villages et les villes par des réseaux de communication viables en toute saison. La structure décentralisée devra permettre à tout Haïtien, quelque soit l’endroit où se trouve son lieu de résidence, de contribuer de façon effective à la croissance de sa localité d’origine et à l’économie de son pays. Cette croissance devra être accélérée pour atteindre 10 % en moyenne l’an, sur une période de 25 années. Ce qui devrait nous permettre d’atteindre le niveau de développement que connaît aujourd’hui notre voisin... Nos préoccupations seraient de faire en sorte que la croissance économique crée des emplois décents, réduise la misère, et mette fin au processus de destruction de notre écologie. Somme toute, nous pouvons devenir un modèle sur le plan du développement durable, car nous sommes la Génération de l’Espoir et du futur de ce pays.

3. La création d’emplois sera un rôle principalement réservé aux entreprises privées. L’État se réservera le droit d’intervenir ou de maintenir sa présence sur le marché du libre échange quand cela sera dicté par les intérêts nationaux. Mais, il devra concentrer ses ressources et son effort à accomplir sa fonction cardinale d’être un arbitre impartial qui veille et garantit le bien-être de la collectivité, pendant qu’il protège les éléments les plus faibles de la société. Le gouvernement travaillera en harmonie avec les autorités locales pour créer un climat favorable à l’investissement public et privé, et donner des incitatifs pour encourager la création d’entreprises de production et de services dans tout le pays, afin qu’elles deviennent prospères et offrent des emplois décents à nos jeunes, à nos femmes, aux mères et aux pères de familles, et aux différents membres de la société, lesquels devront gagner leur vie dans la dignité et dans le respect de leur droit au travail, sans abus ni discrimination.

4. Nous devons transformer le pays en une vaste entreprise orientée vers la production de biens et la distribution de services qui devront être classés parmi les meilleurs du monde. Nous ne pourrons pas nous engager dans la fabrication de tous les biens dont nous aurons besoin, ni développer tous les services que nous utiliserons. Mais, nous devons être en mesure de produire nos œufs ; et, tout ce que nous choisirons de produire doit porter l’emblème de la qualité.

5. Un certain nombre de secteurs seront prioritaires au niveau central tel que la Justice et la Sécurité, les Infrastructures de transport routier, maritime, aérien ; l’Energie électrique, (la production et la distribution des énergies renouvelables); l’éducation, l’industrie, le tourisme, l’agriculture, l’artisanat et la pèche ; l’Environnement, le Transport, la Santé. Le fait de distinguer de grandes priorités sectorielles n’implique pas que l’Etat devrait se désengager des autres secteurs courants. Le gouvernement central devra inciter les gouvernements locaux à le suivre dans cette voie.

C-Renforcement du Système Sécuritaire et Retour Progressif à la Souveraineté Nationale1. Nous devons construire une nation solidaire et cohérente à l’intérieur du pays, en mettant l’accent sur nos enfants, nos jeunes, nos femmes ; en établissant un climat de sécurité pour tous et le respect de la loi à tous les niveaux; en luttant contre la violence, la contrebande, le trafic de la drogue, la corruption sous toutes ses formes, et le terrorisme international. Notre territoire ne peut servir de refuge aux bandits. La sécurité est la première fonction de l’Etat.

2. Nous devons protéger notre environnement, notre frontière et reprendre le contrôle progressif de notre sécurité publique, et graduellement réduire la proportion de l’aide humanitaire dans notre budget, grace à une économie dynamique et une gestion efficace de notre assiette fiscale, dans l’ordre de quoi, chaque citoyen devra contribuer selon ses possibilités ; nous devons renforcer la solidarité entre nous tous Haitiens en protégeant les droits de ceux d’entre nous qui vivent à l’extérieur de nos frontières, et les encourager à investir dans le pays, quand ils ont les moyens, en adoptant des mesures qui montrent que nous sommes tous les enfants d’une seule Mère Patrie, Haïti.

3. Nous devons faire un effort constant pour vivre en paix avec nos voisins et tous les pays étrangers, et continuer à maintenir des relations amicales et de coopération avec la communauté internationale, tant sur le plan culturel et sportif, économique que sécuritaire; et aussi contribuer, autant que nous pouvons, au progrès et à l’épanouissement de la Communauté humaine...

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mardi 15 janvier 2008
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